UNE BREVE HISTOIRE DE LA RADIO
LA PREHISTOIRE :
Elle est illustrée par des physiciens dont les préoccupations étaient l'étude du courant électrique, particulièrement des courants alternatifs. Ces savants pionniers avaient pour noms Maxwell, Hertz, Branly, Popof, Henry, Lodge, etc, et ils ne cherchaient pas d'applications pratiques à leurs découvertes. Il expérimentaient, mesuraient et tâchaient d'expliquer les phénomène qu'ils constataient, notamment le fait qu'à partir d'une certaine fréquence - des dizaines de milliers de périodes par secondes (ou Hertz) - nos prises de courant sont à 50 Hertz ou 50 périodes - le courant semble se libérer des fils et sa présence peut être constatée (on dit détectée) à une certaine distance.
Or en 1895, un jeune italien de 21 ans, Gugliemo Marconi, plus bricoleur qu'homme de science, eut l'idée qu'en coupant le courant puis en le rétablissant pendant un temps plus ou moins long - des traits et des points - on pourrait donc générer des signaux Morse déjà bien connus et utilisés partout, mais avec le support de fils électriques.
Premières expériences, premiers succès, et première exploitation commerciale.
LA TELEGRAPHIE SANS FIL
Oui, Marconi prospecte l'Italie, puis l'Angleterre, et transmettant des messages à 5, 10 puis 15 Km et enfin à travers la Manche (télégramme de félicitations à Branly), puis même à travers l'Atlantique en 1901. Petit à petit les autres grands pays expérimentent la TSF à leur tour. Par exemple Eugène Ducretet en 1898 envoie le 1° message de la Tour Eiffel au Panthéon. Son message : D U C R E T E T, en morse !
1902 : Eruption de la Montagne Pelée en Martinique (la TSF est la seule liaison possible)
1905 Guerre Russo-Japonaise : la flotte russe qui ne connaît que les signaux optiques et battue dans le brouillard) par les Japonais qui utilisent la TSF
Malgré son brevet Marconi ne réussit pas à faire reconnaître des droits d'usage pour son invention, qu'une réunion internationale fait tomber dans le domaine public (sinon ses descendants seraient mille fois plus riches que Bill Gates !)
Pendant la 1° Guerre Mondiale, l'usage de la TSF se répand chez les belligérants, elle est tellement plus pratique ; il n'y a plus besoin de dérouler des fils sous le feu de l'ennemi. La TSF est d'autant plus simple à utiliser qu'un américain, Fleming, avait imaginé d'ajouter une " plaque " à l'ampoule électrique d'Edison ce qui permettait de remplacer la trop délicate galène utilisée jusqu'alors pour détecter les signaux. Il avait été suivi de près par un compatriote, Lee de Forest qui ajouta une 3° électrode, la " grille ", entre le filament (cathode) et la plaque (anode) de l'ampoule, créant ainsi la lampe à trois électrodes ou triode.
Cette petite merveille non seulement détecte, mais peut aussi amplifier, émettre et même " moduler " c'est-à-dire faire entrer des " signaux " : de la musique ou des paroles, dans l'émetteur. La triode, TM (télégraphie militaire) équipe l'armée française et c'est cette même fabrication française que les Américains utiliseront quand ils viendront à nos côtés.
LES DEBUTS DE LA TELEPHONIE SANS FIL
Evidemment plus besoin d'apprendre le morse, et les armées commencent a utilise la téléphonie sans fil de préférence à la télégraphie, mais bien avant la guerre, des expériences de ce qui deviendra la radiodiffusion avaient été tentées :
1906 : Noël et 1907 Nouvel An : concert depuis New York pour les navires en mer
1908 : toujours la Tour Eiffel. Equipé d'un micro de téléphone -micro à charbon - placé devant le pavillon d'un phonographe, Lee de Forest transmet un " concert " : ce n'est pas de la Hi Fi, mais on était émerveillé de reconnaître le morceau dont il s'agissait !
1910 : Caruso chante à New York : il est entendu à 30 Km. C'est fabuleux : les " auditeurs ", une fois encore, ont reconnu ce qu'il chantait !
1920. Etats-Unis transmission des résultats de l'élection présidentielle (Harding) Etait-ce la 1° station de radio ? (RCA, fabricant de matériel de TSF et à l'origine des débuts de la radiodiffusion).
1921 : 25 émetteurs de radiodiffusion aux Etats-Unis
juillet 1921 : transmission du match de boxe entre Jack Dempsey et Georges Carpentier.
ENTRE DEUX GUERRES ET IMMEDIATE APRES GUERRE
Novembre 1922 : En France inauguration du poste " Radiola " (toujours un fabricant) avec son " speaker " Radiolo (en ne donnant pas son vrai nom qui était Marcel Laporte, on ajoute au mystère des ondes dont on a décidé qu'elles se propageaient dans un non moins mystérieux " éther " !).
Premier " journal parlé " le 6 janvier 1923 avec Maurice Vinot. On aime ajouter au mystère de la " sans fil " et l'on entend des chanteurs prendre comme pseudonyme " le chanteur inconnu " ou " le chanteur sans nom " (Roland Avellis) avec des affiches montrant un personnage portant un loup sur le visage. Quand il apparaît sur scène il porte toujours ce masque !
Cette même année 1923 l'état établit le monopole. Toutefois l'état admet la création limitée et sous contrôle de stations privées, ce privilège disparaîtra après la guerre (comme Radio Lyon ou Radio Normandie, ce dernier diffusant une grande partie de ses émissions en anglais depuis Fécamp ) Du côté des particuliers, tout possesseur de récepteur doit en faire la déclaration (la redevance établie le 31 mai 1933 ne sera abolie que le 10 mars 1980).
1924 : quatre postes en France : Tour Eiffel (armée), Radio Paris (privé) : c'est l'ancien Radiola ; Radio LL (Lucien Lévy), plus tard Radio Cité et le poste officiel Paris PTT, dans les locaux de l'Ecole Supérieure des Postes et Télégraphes. Ce Paris PTT sera le début d'un réseau avec Lyon PTT, Marseille PTT, Rennes PTT, viendra ensuite le Poste Parisien (amorce de ce qui deviendra après la guerre la chaîne parisienne - plus " légère " que ce qui sera la chaîne nationale), etc, etc..
La province suivra avec Radio Toulouse (99 gouttes d'eau sur Toulouse avait annoncé le speaker qui avait confondu qq - quelques - avec le chiffre 99 sur le papier qu'on lui avait remis !)
Les " disques demandés " de Radio Toulouse, que l'on captait dans toute la France, était un service payant dont le succès venait du plaisir que l'on a à entendre son nom " dans le poste " et aussi du fait que phonographes et disques sont encore très chers. On avait des dédicaces cocasses, par exemple : " Pour Monsieur Bidochon à Bordeaux, de la part de ses amis : Si tous les cocus avaient des clochettes " ou " De la part des élèves du collège Sainte Gudule pour leur surveillant général, Ah, qu'est qu'y en a comme chameaux sur la terre )
Voir la véritable révolution causée par l'arrivée de la TSF dans une famille modeste entre les deux guerres dans Christian Signol Les Noëls Blancs, chapitre 14, voir aussi la merveille des superbes postes à galène décrits par Henri Vincenot dans Les Enfants du Rail, p 242, et dans bien d'autres récits
1925 : Radio Béziers est créé par Antoine Bonnefous, président club de foot et marchand de postes de radio : il engloutira toute sa fortune !
1931 : naissance de Radio Luxembourg (futur RTL en 1966). Ce fut la première radio dite " périphérique ", qui sera suivie par celle d'Europe Numéro 1 en janvier 1955 (l'émetteur était en Sarre, donc à l'étranger, ce qui maintenait la fiction du monopole d'état).
1931 : naissance du " Poste Colonial ", station officielle qui émet en ondes courtes à destination de l'Empire. Il deviendra " Paris Mondial ", puis RFI en 1975 qu'il est encore aujourd'hui.
1939 : naissance de Radio Andorre, malgré l'opposition de gouvernement français (le co-prince était alors Albert Lebrun et l'autre co-prince Mgr Justi Valardebo, évêque d'Urgel en Espagne). L'on se souviendra longtemps de la célèbre Victoria Zorzano dite " Mademoiselle Aqui " et ses annonces en catalan : " Aqui Radio Andorra, emissora de la Principat d'Andorra " Le programme consistait presque exclusivement en disques par séquences de 15 minutes, sans bulletin d'informations, ce qui fait qu'il échappait au contrôle des Allemands pendant la guerre. Les émissions, très populaires dans toute la France cesseront en 1981.
1940-1944 : Après l'Appel du 18 juin 1940, c'est le 14 juillet la première émission de Les Français Parlent aux Français animée par Michel St Denis, Maurice Schumann, Pierre Dac , avec les célèbres messages personnels et les chansons et slogans. Chacun se souvient de " Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand " (sur l'air de la cucaracha) ou de " La défense élastique " (sur l'air de la plus bath des javas). Cette chanson faisait allusion à la définition donnée par les Allemands de leur recul en Russie
1943 : 1° juillet inauguration par Maurice Chevalier de Radio Monte Carlo (RMC) par une société berlinoise, " au service de l'Europe Nouvelle ". Reprise par les gouvernements français et monégasques à la libération.
1945 : Après la guerre les stations privées sont nationalisées. Création de la RDF sous contrôle du ministère de l'information, qui confirme le monopole et construit de nouveaux émetteurs et rénove les anciens, puis ce sera la RTF, en 1949, l'ORTF en 1967, laquelle disparaîtra en 1974 pour donner naissance à sept organismes indépendants.
NAISSANCE DE LA MODULATION DE FREQUENCE
C'est en 1939 que l'Américain Armsrong construit aux Etats-Unis la première station à modulation de fréquence. Jusqu'à présent on n'utilisait en radiodiffusion que la modulation d'amplitude, celle qu'utilisent encore aujourd'hui les stations en grandes ondes, ondes moyennes et ondes courtes.
Je ne m'étendrai pas sur les avantages de ce procédé que nous connaissons tous : qualité sonore, possibilité de stéréophonie, absence d'interférences etc. Je ne parlerai pas non plus des raisons techniques qui expliquent ces avantages.
Dès 1954 on commence timidement à expérimenter la FM en France, mais il faut attendre encore deux ou trois ans qu'un programme unique - intitulé " programme expérimental en modulation de fréquence " - soit diffusé régulièrement sur Paris, Lille et Strasbourg. Il faudra encore quelques années pour que tout le territoire national soit couvert.
Couvert, oui, mais avec 3 programmes seulement : Inter, Culture, Musique et il n'y a rien d'autre, même pas les diaboliques postes périphériques (Luxembourg, Europe, RMC.)
La nature, c'est bien connu, a horreur du vide et c'est alors, dans les années 70 que commencent à apparaître les " pirates ", ou " radio libres ". D'abord exclusivement locales et associatives, elles finiront, après qu'elles devinssent autorisées en 1981, par devenir tout bonnement, pour la plupart, des radios en réseau national, concurrentes des grands radios nationales. Nous pensons à NRJ, Nostalgie, Fun Radio et à bien d'autres.
La FM hélas va entraîner la disparition de ces beaux cadrans portant le nom des stations et permettant un peu de rêve ! Comme les fréquences, contrairement à ce qui se passait pour l'AM - on disait autrefois longueurs d'onde - varient selon l'endroit où l'on se trouve et que la portée très limitée ne permet pas la réception des postes étrangers en dehors des zones frontalières, disparaissent sur les cadrans des " postes " les indications qui faisaient rêver : Kalundborg, Lahti, Chatelineau-Binche, Königswusterhausen, Athlone, Droitwich, Paris Mondial, Monte Ceneri, Beromunster, Sottens, Bolzano-Wilno, Léopoldville, Brazzaville, Bordeaux Lafayette, Langenberg, Cracovie, Breslau . Et je n'en cite que quelques unes.
AVENIR DE LA RADIO
Il est déjà ici, avec la diffusion par satellite, d'une multitude de chaînes radio, soit existant déjà (par exemple toutes nos chaînes nationales), soit créées pour le satellite. On a en outre accès à de nombreuses chaînes étrangères qu'on ne peut pas capter en FM et bien mal en modulation d'amplitude (grandes ondes, ondes moyennes, ondes courtes). Il y a aussi les liaisons par Internet dont le réseau mondial permet de capter n'importe où dans le monde, n'importe quelle station du monde entier. Si on a envie d'écouter, à Tokyo, le bulletin de France Inter de 13 heures, rien de plus facile il suffira de savoir que là bas, ce n'est pas la même heure ! On commence aussi à voir des petits postes autonome qui, grâce à l'accès WiFi , permettent de recevoir des milliers de programmes !
Dans un proche avenir ce sera, n'en doutons pas, le DAB (Digital Audio Broadcasting) ou radio numérique dont la qualité est proche du CD. Absence de bruit de fond, augmentation du nombre de stations par rapport à la FM et fréquence unique " bouquet ", d'où économie de fréquences. Plus nécessaire de connaître la fréquence de sa région, c'est comme la télé satellite.
QUELQUES EMISSIONS PHARES
Le radio crochet : très populaire.
Les concerts Byrrh : C'était l'époque où les émissions " sponsorisées " permettaient au sponsor de faire passer des messages publicitaires tout le long de l'émission
Radioscopie : créé en 1968. Jacques Chancel recevra 6800 personnalités - dont un gouverneur du Rotary dont j'ai oublié le nom !
Signé furax : de 1951 à 60, avec Pierre Dac, Francis Blanche et des personnages dont on n'oublie pas le nom ! : Le colonel Hubert de Guerlasse, l'adjudant Tifrice, Nicolas Leroidec. Différentes " désinences " ! : Le gruyère qui tue, Bons baisers de partout,
La famille Duraton
Vie quotidienne d'une famille de Français moyens. La série a commencé en 1937 sur Radio Cité pour se terminer en 1966 sur Radio Andorre, où elle passait à 19h40. Parmi les protagonistes il y eut Ded Rysel, Jane Sourza, Jean-Jacques Vital, Jacqueline Cartier, Jean Carmet ...
Les canulars téléphoniques de F. Blanche (Monsieur Macheprot)
Les disques demandés, mentionnés plus haut
Sur le banc : Commencé en 1937 sur Radio Cité, interrompu en 1940 et reprend en 1947 sur Radio Luxembourg pour s'arrêter définitivement en 1963. Carmen ! La Hurlette ! Carmen, on l'appelle ainsi parce que, ramasseuse de mégots et en quelque sorte négociante en tabac, elle s'apparente directement à la cigarière Carmen, immortalisée par Prosper Mérimée et Georges Bizet. Et pourquoi La Hurlette ? Sans doute parce que notre héros chante dans les cours, et en argot professionnel, chanter (plutôt mal que bien) se dit "agiter la hurlette " !
Le jeu des mille francs : Henri Kubnik lance ce programme en avril 1958, Lucien Jeunesse le poursuit de 1963 à 1995. L'émission qui devient en 2001 le jeu des 100 Euros sillonne la France..
Et plus que jamais en activité aujourd'hui : les programmes interactifs (téléphonés, les " phone-ins " en anglais) où prennent part les auditeurs. Ces programmes n'ont pu être mis en place qu'à partir du moment où pratiquement tout le monde en France avait le téléphone. Ils concernent surtout des questions sur de problèmes de société. Mais n'y trouverait-on pas aussi un rappel du plaisir qu'ont eu naguère les chers auditeurs à entendre leur nom mentionné à la radio ?
Nous n'oublierons pas Geneviève Tabouis et ses " dernières nouvelles de demain " : elle se régalerait si aujourd'hui elle était encore de ce monde !
Nous n'oublierons pas non plus les pièces de théâtre qui passaient le soir.
Aujourd'hui, à partir de 20 h il y a parfois du sport (transmission de matches pour les automobilistes et les routiers) - et aussi certains dimanches les résultats des élections, mais on y entend surtout de la musique pour les jeunes. Les adultes étant pour la plupart téléspectateurs plutôt qu'auditeurs quand ils sont chez eux - ou même à l'hôtel ou au camping !
Alors, nous pourrons conclure en disant qu'en à peine cent ans (1° transmission d'un concert Noël 1906, puis Nouvel An 1907), nous avons vu la radio s'imposer totalement dans nos vies. Chacun a au moins un poste chez lui, souvent plusieurs. Nous en avons aussi dans nos voitures, et même accrochés à nos oreilles avec les i-pods !
Même si la télévision ne remonte guère avant les années 50, nous pourrions aussi tâcher d'évoquer son histoire, mais ce n'est pas notre propos aujourd'hui.
J.B. 19 avril 2007