PECHINEY : FIN D'UN CHAMPION NATIONAL

 

En 1971, PECHINEY était le premier industriel français. Aujourd'hui cet ancien champion national va peut-être se vendre au canadien ALCAN.

C'est en 1855 qu'un chimiste de trente ans, Henri Merle, implante une première usine à Salindres dans le Gard. Il s'agit alors de soude, mais en 1860 il se lance dans l'aluminium, un matériau alors tout neuf.

Pendant trois décennies la France sera quasiment seule à fabriquer ce métal, produit cher, donc a l'utilisation limitée. Le gérant de l'usine donne à l'usine le nom de PECHINEY, nom du second mari de sa mère. La société gardera ce nom jusqu'en 1950 pour de venir Compagnie PECHINEY.

Entre temps un nouveau procédé de fabrication par électrolyse a été mis au point, réduisant fortement les coûts de production et favorisant le décollage du marché.

Profitant de sa supériorité technique, PECHINEY va, jusqu'en 1971, faire des implantations étrangères : Cameroun, Australie, Afrique du Sud, Grèce. La société entre chez l'américain Howmet, chez Cebal-Emballage et chez Trépimétaux. En 1971 la fusion avec UGINE KUHLMANN fait de "P.U.K." le premier industriel français privé présent dans l'aluminium, la chimie, le cuivre, le combustible nucléaire, les aciers spéciaux.

Le choc pétrolier provoque de sérieuses pertes et devant le déficit de l'industrie chimique la gauche au pouvoir en 1982 nationalise l'industrie chimique - dont P.U.K. PECHINEY abandonne les aciers spéciaux et la chimie et reprend son nom.

En 1986 Jean Gandois arrive à la tête de la compagnie. Il construit une importante usine à Dunkerque, accentue la diversification dans l'emballage et achète l'Américain ANC. Cette acquisition, nettement surpayée, accentue de déficit de PECHINEY.

En 1994 le nouveau - et actuel - PDG, J-P. Rodier cède ANC, HOWMET et CARBONE LORRAINE pour se désendetter et achève la privatisation en cherchant à relancer la compagnie. Mais PECHINEY reste vulnérable car il ne parvient pas à avoir un noyau dur au sein de son actionnariat.

En effet la partie flottante du capital représente aujourd'hui 95% de ses droits de vote alors qu'elle était inférieure à 80% au moment où le groupe a été privatisé, ce qui en fait une entreprise sinon vulnérable du moins facile d'accès.

Pourtant jusqu'à l'été 2003, PECHINEY espérait survivre au remue-ménage des absorption et disparitions de ses collègues, tour à tour KAISER,REYNOLDS puis ALUSUISSE, succombant soue la concurrence des Russes.

PECHINEY tombera-t-il à son tour ? Porteur d'un grand nom de l'industrie française, pourvoyeur de 17.000 emplois en France, ancien "fer de lance de la politique industrielle ", nationalisé en 1982 et privatisé quelques années plus tard, n'a pas mieux pu préserver son autonomie que les autres entreprises dans le même cas.

Quelques exceptions cependant : SAINT GOBAIN, privatisée en 1986 et qui en 2003 a réussi à garder son indépendance et son équipe dirigeante, la BNP qui pour rester maître de son destin a mis fin à celui PARIBAS et a menacé celui de la SOCIETE GENERALE. Citons aussi ALCATEL. Il y a enfin RENAULT et THOMSON qui ont sauvegardé leur autonomie mais n'ont pu le faire sans que l'état conserve une part significative de leur capital.

A côté de cela la liste des privatisés qui ont du renoncer de gré ou de force à leur autonomie paraît bien longue et n'épargne aucun secteur d'activité. Citons l'UAP engloutie par AXA, les AGF par ALLIANZ, le CCF, le CREDIT LYONNAIS, la SEITA fondue dans ALTARIS, RHONE-POULENC dans AVENTIS, HAVAS dans VIVENDI, SUEZ dans LYONNAISE DES EAUX, USINOR dans ARCELOR et surtout ELF dans TOTAL.

Depuis le 3° trimestre de cette année les événements s'accélèrent et le 2 juillet 2003 le Conseil d'Administration d'ALCAN mandate son PDG pour trouver un accord avec PECHINEY.

Le 7 juillet ALCAN annonce le lancement d'une OPA assortie d'une OPE. Le prix de l'action est jugé ridiculement bas et le Conseil d'Administration de PECHINEY obtient un relèvement de 18,3%. Le 12 septembre l'acceptation des nouvelles conditions est validée.

Dès lors il faudra soumettre le projet O.P.A. à la COB, au CMF, au Département de la Justice des Etats-Unis et surtout à la Commission Européenne à la concurrence.

Si du côté américain l'accord a pu être obtenu par l'abandon par PECHINEY de son usine de Ravenswood en Virginie, fournisseur de la firme BOEING. La tâche a été plus ardue auprès de la Commission Européenne ses exigences étaient les suivantes :

*Suppression des chevauchements entre les deux groupes

*Abandon de certains sites par les deux parties

*Octroi d'un délai maximum de douze mois pour réaliser ces impératifs

 

L'essentiel pour Bruxelles est d'éviter la forte concentration de moyens qui assurerait la maîtrise des cours.

Après de longues discussions, ALCAN, contre toute attente, se montre coopératif allant même jusqu'à céder les 50% qu'il possède dans le capital du laminoir de NOAF en Allemagne, le plus important laminoir du monde.

D'autre part la cession de l'usine de Ravenswood exigée par les autorités antitrust américaines inquiétait la direction d'AIRBUS. Lors d'un tour de table au Ministère de l'Industrie et des Finances à Bercy, son PDG, Noël Fogeard a obtenu que le Centre Mondial de l'activité aéronautique pour le nouveau groupe ALCAN-PECHINEY soit en France.

Mentionnerai-je qu'à cette réunion participait le fils de notre ami André Groshenry, ancien élève de l'Ecole Polytechnique ?

Dorénavant sur le plan administratif tout est en ordre pour lancer l'OPA et ce fut chose faite le 7 octobre dernier. Le sort de la Compagnie PECHINEY est entre les mains des actionnaires.

En l'absence de moyens durs, comme nous le soulignions précédemment, l'issue ne devrait faire aucun doute.

A l'approche de ce début de novembre la Compagnie PECHINEY aura sa sépulture recouverte de feuilles d'érable.