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L'Invasion du Pays de Galles par les Français : Février 1797

Le Tunnel sous la Manche, c'est fait!; le tunnel entre la France et l'Irlande, c'est sans doute pour après-demain, mais en attendant, si vous voulez aller en Irlande avec votre voiture, vous devez passer par Cherbourg ou Roscoff pour aboutir à Rosslare ou Cork. Vous pouvez également choisir de traverser l'Angleterre puis le Pays de Galles et prendre le bateau - le car-ferry comme on dit en français - à Fishguard, dans le sud du Pays de Galles. La petite ville de Fishguard occupe le sommet des falaises, tandis que le port se niche à son pied. Quand il fait beau, cela arrive souvent, ce petit port est superbe avec ses deux promontoires qui percent la mer d'Irlande. La baie permet d'accueillir de grands navires, et aujourd'hui toute une flotte de car-ferries qui transportent touristes et marchandises entre l'Irlande et la Grande-Bretagne. L'été Fishguard résonne de toutes les langues de l'Europe, et même d'ailleurs, et cette invasion pacifique ne doit pas nous faire oublier que c'est là ou tout près de là qu'eut lieu la dernière invasion du sol britannique par des forces hostiles. Qui étaient ces forces hostiles? - Des Français, bien sûr; c'était nous, comme d'habitude! Nous sommes en 1796, la France est en guerre contre l'Angleterre - la Grande-Bretagne - depuis 1793. Un brillant général français de 28 ans, Lazare HOCHE, estime qu'il faut porter la guerre sur le sol britannique, en y envoyant des troupes non régulières qui vivraient sur l'habitant. Plusieurs étapes sont prévues. HOCHE lui-même, à la tête de 15000 hommes envahirait l'Irlande. Là il recevrait le soutien des rebelles, l'Irlande deviendrait indépendante et fournirait une tête de pont pour l'invasion de la Grande-Bretagne. Pour empêcher l'envoi de renforts britanniques en Irlande et pour créer la panique en Grande-Bretagne, deux autres expéditions auraient lieu. 5000 hommes franchiraient la Mer du Nord, obtiendraient le soutien des ouvriers de l'industrie en Angleterre, traverseraient le pays d'est en ouest et, dans le Lancashire, feraient la liaison avec une troisième troupe qui aurait débarqué à Bristol, ou dans la baie de Cardigan puis fait route vers Chester et Liverpool. Une partie essentielle de ce beau programme reposait sur l'aide que les travailleurs anglais, comme leurs camarades irlandais ne manqueraient pas d'apporter aux envahisseurs-libérateurs! En décembre 1796, l'expédition de Hoche parvient dans la Baie de Bantry, au large de la côte irlandaise, mais est contrainte de repartir pour Brest à cause du mauvais temps. Une autre expédition essaye de franchir la Mer du Nord mais le mauvais temps et l'indiscipline la force aussi à rentrer en France.

 

EN AVANT POUR LE PAYS DE GALLES!

Malgré l'échec des deux premières expéditions, on commence les préparatifs en vue de la troisième. Hoche choisit d'abord un chef. Ce sera un Américain, d'origine irlandaise bien sûr, un certain Wiliam TATE qui s'était fait remarquer pendant la Guerre d'Indépendance, où il avait même été nommé colonel. A la fin de la guerre il reçoit en récompense une somme d'argent et des terres en Caroline du Sud où l'on pense qu'il va se retirer et vivre en gentilhomme. Quand la guerre éclate entre la France et la Grande-Bretagne en 1793, Tate, qui continue à vouer une haine farouche aux anglais - toute sa famille avait été assassinée par des Indiens pro-britanniques pendant la guerre - tente, malgré l'opposition des autorités qui se méfient des excès de la Révolution Française, de lever une force américaine qui prêtera main-forte aux Français. Son zèle semble tellement intempestif à Washington qu'il est traduit en cour martiale, est dégradé‚ et perd tous ses privilèges. En 1795, il gagne Paris espérant que les Français lui rendront et grade et argent. Hoche le rencontre et pense qu'il est exactement l'homme qu'il faut pour diriger l'expédition. En fait, il est bien possible qu'on ait voulu se débarrasser d'un hôte assez gênant en le mettant à la tête d'une entreprise à laquelle plus personne ne croyait guère, car , âgé de 70 ans il n'était peut-être plus le meilleur chef que l'on puisse choisir, même si sa connaissance de l'anglais était un atout sérieux.

 

LES TROUPES

Les soldats recrutés pour l'occasion ne représentent pas la crème des armées françaises. Cette troupe baptisée "Deuxième Légion de France" se compose de 600 prisonniers de droit commun rassemblés en grand secret et enfermés dans des forts pour les empêcher de s'enfuir . Ajoutons 600 galériens portant encore leurs fers 100 déserteurs et tout de même 50 grenadiers et quelques officiers de carrière. En matière d'uniformes une grande partie des hommes devaient être vêtus de tenues britanniques prises de guerre qu'il faudra teindre mais sur le rouge vif des tuniques anglaises la teinture marron foncé est la seule possible. Elle vaudra à la troupe qui porte cet uniforme le sobriquet de "Légion Noire" Parmi les officiers il y avait de nombreux Irlandais qui s'ils étaient capturés risquaient la peine de mort pour haute trahison ce qui n'était pas le cas de TATE. Cette troupe était bien armée mais transportait peu de provisions et devait trouver le ravitaillement sur place. N'est il pas étrange que l'on espérait que ces soldats qui allaient visiblement vivre de pillage puissent gagner la confiance du peuple anglais? Du côté naval les choses étaient bien différentes. Quatre navires étaient armés: Deux frégates "Vengeance" et "Résistance " une corvette "Constance" et une canonnière "Vautour". C'était une flotte de navires modernes très bien armés et commandés par CASTAGNIER un vétéran de la Guerre d'Indépendance des Etats-Unis qui avait également défendu DUNKERQUE contre les Anglais.

 

LE PLAN D'ATTAQUE

Quel plan ambitieux! Après avoir brûlé‚ BRISTOL l'expédition débarquerait du côté gallois du Canal de Bristol ou à défaut dans la Baie de Cardigan pour ensuite faire route vers Chester et Liverpool. Les ouvriers anglais seraient poussés à se révolter, le commerce britannique désorganisé, les Français prisonniers de guerre libérés causant un tel chaos que l'invasion de la Grande-Bretagne devenait possible. Hoche avait mis en garde Tate lui disant d'éviter autant que possible le combat puisque les forces ennemies seraient nécessairement supérieures en nombre. Une fois les troupes débarquées la flotte ferait voile vers Dublin.

 

EN AVANT!

Le 16 février 1797, l'escadre quitte Brest et dès le début Castagnier doit prendre des mesures sévères pour maintenir la discipline. Pour éviter d'être reconnus les navires arborent le pavillon russe et le 20 février arrivent dans le Canal de Bristol. Malheureusement pour eux ni vents ni marées ne sont favorables et Castagnier décide d'abandonner le projet de débarquer dans cette région. Le 22 février à midi Castagnier contourne la pointe de St David et à 4 heures de l'après-midi jette l'ancre dans la Baie de Cardigan très précisément dans la petite baie de Careg Gwastad à environ trois milles de Fishguard. Le débarquement des hommes et des munitions commence aussitôt dans une telle hâte qu'une chaloupe chavire et que plusieurs hommes sont noyés. La "Légion Noire" a tout de même réussi à débarquer au Pays de Galles sans rencontrer d'opposition.

 

CAREG GWASTAD OU FISHGUARD?

En effet on peut se demander pourquoi les Français ne débarquent pas directement à Fishguard alors que ce port aurait été une excellente base de départ. Pourquoi des envahisseurs armés de 122 canons et possédant des munitions considérables se contentent-ils des falaises de Careg Gwastad à trois milles de Fishguard perdant ainsi le bénéfice de l'effet de surprise? On peut trouver les éléments de réponses dans les points suivants : Peu après avoir jeté l'ancre les Français capturèrent le navire marchand "Britannia". Le capitaine interrogé par Castagnier brossa naturellement un tableau très exagéré des défenses de Fishguard annonçant que son défenseur le Colonel Knox disposait de troupes nombreuses et aguerries. Avant d'arriver les bateaux français avaient amené le pavillon russe pour hisser l'Union Jack! Quand ils furent en vue du port de Fishguard un coup de canon fut tiré depuis le fort. Les Français prirent peur hissèrent leurs couleurs et partirent. C'était bien dommage car il s'agissait tout simplement d'un coup à blanc tiré pour saluer l'entrée de ce que la garnison croyait être un navire de guerre de sa majesté britannique! Troisième raison les navires français étaient pilotés par des Irlandais qui connaissant bien les défenses de Fishguard ne tenaient pas à placer les navires à la portée des canons anglais.

 

TOUS A TERRE!

Tate avait installé son quartier général dans la ferme de Tre Howel à environ un mille de la côte. A l'aube du jeudi matin il envoie des détachements prendre possession de deux collines proches de Llanwnda et de Llarngeli pour pouvoir observer Fishguard et les deux routes qui rentrent dans la ville. Presque sans provisions et sans moyens de transporté les Français rodent sur la péninsule de Pen Caeré pillant les fermes et même l'église de Llanwnda. Ce n'était pas ainsi que l'on mettrait la population de son côté! Les officiers ne sont plus obéis et la discipline se relâche. Cependant vers 9 heures du matin Tate constate que les troupes anglaises quittent Fishguard désormais sans défense bien qu'on y vit une intense activité. LARGUEZ LES AMARRES! A 4 heures de cet après midi du jeudi 23 février 1797, Tate et ses officiers montent à bord du vaisseau de Castagnier pour signer un document certifiant qu'ils n'ont plus besoin de l'escadre et Castagnier commence ses préparatifs pour faire voile vers Dublin comme prévu. Désormais les Français ne peuvent plus reculer.

 

FISHGUARD SE REVEILLE!

La défense du Pembrokeshire comme celle de toutes les régions britanniques était confiée essentiellement à des milices commandées par les gentilshommes campagnards "the landed gentry". C'était alors la tradition : les troupes régulières servaient à l'étranger, les milices de volontaires protégeaient le territoire. C'est encore vrai dans une large mesure avec la " Home Guard ". Parmi ces familles des nouveaux venus les KNOX père et fils. Le père, William, avait été le dernier sous-secrétaire d'état aux colonies américaines avant l'indépendance des Etats-Unis. Après la Guerre il s'était installé dans la région où grâce à son sens de l'initiative - il crée une des premières société d'agriculture de Grande-Bretagne et se place à la pointe du progrès en matière d'agriculture - devient rapidement un des hommes les plus en vue du Pembrokeshire. Dès le début de la guerre avec la France il lève sa milice le "Fishguard and Newport Volunteer Infantry ", un corps fort de moins de 300 hommes et place son fils Thomas à leur tête avec le grade de Lieutenant-colonel, un lieutenant-colonel de 28 ans sans la moindre formation militaire! Le mercredi 22 février 1797 le Colonel Thomas Knox participe à un dîner dansant à Tregwynt quand un de ses soldats lui apporte la nouvelle du débarquement des Français. Il se rend sur la côte aperçoit les navires leurs voiles amenées mais ne voit aucun homme. Cependant il pense qu'il doit y avoir entre 80 et 900 hommes à bord. Il est étonnant qu'il n'ait vu personne car à ce moment là les Français étaient probablement en train de débarquer! Knox se dirige alors vers Fishguard et rencontre ses concitoyens en fuite. Il donne l'ordre à ses miliciens de rejoindre le fort et commence des préparatifs pour attaquer les Français à condition écrit-il à Lord Cawdor Lord-Lieutenant du Pembrokeshire - le représentant du roi - que leur nombre ne soit pas trop élevé pour les forces dont il dispose! En fait le matin du jeudi 23, 100 de ses hommes ne sont toujours pas rentrés à Fishguard. Il a donc environ 150 soldats à sa disposition dont une trentaine pour garder le fort. Des éclaireurs annoncent à Knox que les Français sont au moins 500 et un déserteur irlandais lui révèle que le chiffre des envahisseurs se situe en fait entre 1200 et 1400. Knox qui n'a, nous le savons, aucune expérience militaire décide de faire lentement retraite vers Haverfordwest, laissant des éclaireurs pour surveiller les mouvements des Français et le tenir informé. En route il rencontre Lord Cawdor le "Lord-Lieutenant" qui habitant à près de trente-cinq milles de là et réveillé‚ en pleine nuit avait aussitôt rassemblé toutes les forces dont il pouvait disposer, miliciens et troupes régulières bien aguerries. Lord Cawdor est désormais le chef des défenses contre les Français.

 

BOUTONS LES DEHORS!

Lord Cawdor est un homme de décision et à 5 heures de l'après-midi, alors qu'il est à moins de 2 milles de Fishguard, il décide d'attaquer bien qu'il ne dispose que de 600 à 700 hommes. Petite armée certes, mais suivie d'une troupe de paysans armés de faux, de fourches, de haches et de fouets dont il ne faudrait pas sous-estimer le courage et la détermination. Néanmoins il fait déjà très sombre les guides sont incertains du lieu précis où se trouve l'ennemi. Cawdor pense qu'il vaut mieux remettre l'attaque au lendemain matin. Pendant ce temps Tate, seul, sans possibilité de rembarquer, sans ravitaillement - les ressources locales ont des limites - pense qu'il faut négocier. Il envoie deux officiers pour parlementer. Cawdor rejette tout compromis et avec un grand aplomb, annonce au messager que s'ils ne se rendent pas sans condition, les Français seront massacrés car lui Cawdor dispose d'une force de 20000 hommes, et que les renforts de cessent d'arriver! Le lendemain les troupes britanniques se préparent à la bataille, mais vers 9 heures, l'heure limite étant 10 heures, Tate envoie un message acceptant la reddition sans condition. Cawdor se rend à la ferme de Tre Howel pour recevoir l'épée de Tate et accepter sa reddition. Les Français vident la poudre leurs mousquets, et précédés de tambours, mais sans leurs couleurs, se dirigent vers le croisement de la route entre Fishguard et Goodwick. Ils sont alors faits prisonniers et répartis entre les différentes prisons de la région

 

L'AMOUR, TOUJOURS L'AMOUR!

Le charme latin de deux des prisonniers n'est pas indifférent à deux jeunes Galloises employées dans une de ces prisons. Pour aider leurs amoureux à s'enfuir, elles leur procurent un tibia de bœuf! Avec cet os ils parviennent à creuser un trou dans le mur de la prison et à prendre la fuite. Mais bien entendu une trentaine de leurs camarades les suivent; les jeunes filles les conduisent pendant la nuit jusqu'à un cargo qui les mènera à la liberté; mais, en raison de la marée basse, le bateau ne part pas tout de suite. Ils s'emparent alors d'un bâtiment plus petit, le propre yacht de Lord Cawdor, et parviennent à s'enfuir. Quelques uns restent sur place, et parait-il font souche, ce qui expliquerait la présence d'un certain nombre de patronymes à consonance française dans la région! Les prisonniers restés en arrière passeront quelques mois en prison sur les pontons de Portsmouth, avant d'être échangés. Tate lui aussi sera échangé et rentrant en France entame une longue polémique avec les autorités à propos de son grade. On finit par lui accorder la demi-solde. Ses lourdes dettes sont finalement réglées par des amis en 1809, et, âgé de 80 ans, il retourne finir ses jours en Amérique. Le grand héros de l'histoire c'est Lord Cawdor qui reçoit d'innombrables honneurs ainsi que les félicitations officielles de Georges III.

 

ET S'ILS RECOMMENCAIENT?

Comme on pouvait s'y attendre, ce qu'on appellerait aujourd'hui une psychose de l'invasion, s'installe dans toute la région de Fishguard. Les autorités ne cessent d'être harcelées de fausses alertes, de témoignages. La moindre voile inconnue rassemble miliciens et paysans prêts encore une fois à chasser les Français.

 

IL EN ROUGIT LE TRAITRE!

Comme nous l'avons dit, les Français dans leur grande naïveté comptaient sur le soutien de la population de la région; ce soutien, ils ne le reçurent pas mais après leur départ nombreux furent ceux qui se demandèrent pourquoi le Pembrokeshire avait été choisi. Les Français auraient-ils reçus des assurances de la part de certains habitants? On pensa avant tout à ce que l'on appelait alors les "Non-Conformistes", c'est à dire les Protestants non-Anglicans. Comme ils rejetaient la très officielle Eglise d'Angleterre, n'étaient-il pas tout aussi préparés à rejeter le gouvernement? Grâce aux témoignages de plusieurs prisonniers de guerre français, un certain Thomas JOHN, petit propriétaire terrien fut, au mois de mars, arrêté en compagnie d'autres "Non-Conformistes", accusé de haute trahison et d'intelligence avec l'ennemi. En attendant le jugement de John et de ses coreligionnaires qui devait avoir lieu en septembre, ils furent jetés en prison à Haverfordwest et traités avec la plus grande rigueur, tandis que les Français qui allaient témoigner contre eux reçurent un traitement de faveur. Quand le procès s'ouvrit le 7 septembre, ce fut sur un coup de théâtre; tous les témoins français se rétractèrent, déclarant qu'ils ne reconnaissaient pas les accusés. Le jury les déclara donc non-coupables et c'est en hommes libres qu'ils quittèrent le prétoire... après avoir passé plusieurs mois en prison.

 

SE RENDRE? - QUELLE DROLE D'IDEE!

Entre le moment où les défenseurs de Fishguard quittent la ville, vers 9 heures du matin, et l'arrivée de Lord Cawdor et de ses troupes vers 17 heures, Fishguard était pratiquement sans défense organisée, même si les civils n'étaient peut-être pas prêts à se laisser envahir. En tous cas les Français - environ 1200 - n'avaient rien à en craindre, et cependant ils restèrent immobiles sur les hauteurs dominant une ville qui disposait de moins de 600 soldats. Si Tate avait donné l'ordre de marcher sur Liverpool, il n'aurait pas rencontré de très forte résistance. Alors, pourquoi cette reddition? D'abord le manque de discipline avait pris Tate de court. Souvenons nous de la façon dont la plupart de ses hommes avaient été recrutés. Ce matin même, Tate avait voulu punir un soldat qui avait volé un civil. La réaction des troupes fut de menacer de fusiller tous les officiers, Tate dut donc renoncer. Les officiers eux-mêmes étaient mécontents de la façon dont Tate menait les choses. Plusieurs officiers irlandais avaient menacé de déserter. Un navire transportant du vin s'était échoué non loin de Fishguard quelques jours auparavant et les soldats ne se privèrent pas de boire ce que les fermiers des environs avaient récupéré. De plus, consommant des aliments plus ou moins avariés, plusieurs soldats étaient tombés malades. Même une semaine après la reddition, 75 d'entre eux étaient trop malades pour quitter Fishguard. il est probable que les soldats français ne savaient pas que le départ de l'escadre de Castagnier était prévue. Voyant les navires s'éloigner ils crurent qu'on les abandonnait, ce qui les découragea. Les gens du pays, voyant l'ivrognerie et la conduite violente des Français, reprirent courage. Au cours de la journée du jeudi il y eut de nombreux affrontements entre les Français et les civils gallois, avec des pertes des deux côtés. Cela suffit pour convaincre Tate qu'il n'avait aucune chance de voir les civils se ranger du côté des Français.

 

CHERCHEZ LA FEMME!

Les "tuniques rouges" - soldats réguliers britanniques - étaient au nombre d'environ 300 dans la région. Plus tard, Tate affirma qu'ils étaient plusieurs milliers. Peut-être pour se faire valoir, peut être aussi à cause du fait suivant: il est indubitable que les gens du pays s'assemblèrent en divers points après s'être munis d'armes de fortune. Tate n'avait pu manquer d'observer cette activité et craindre qu'il ne s'agisse de "vrais" soldats. Or en fait de vrais soldats, il s'agissait, non seulement des villageois, mais aussi de villageoises. Courageuses, elles s'étaient mobilisées pour chasser l'ennemi, et un des officiers de Lord Cawdor avait eu la bonne idée de les faire défiler en ordre serré, montant et descendant sans cesse la colline comme une troupe sur la scène de l'opéra. Portant leur traditionnel châle écarlate, elles passèrent aux yeux des Français pour une troupe de "redcoats" anglais nombreux et résolus! On dit aussi que les Français furent terrorisés par un autre accessoire du costume des Galloises : le haut chapeau conique tout pareil à un chapeau pointu de sorcière! Il serait peut-être plus crédible de croire que ces chapeaux ressemblaient aux bonnets à poil des grenadiers anglais!

 

CONCLUSION

Cette cuisante défaite suffit-elle à décourager les Français? Ceux qui le croiraient ne nous connaissent pas. La France signe et persiste en recommençant l'année suivante. Cette fois là, c'est en Irlande que les Français débarquent, commandés par le Général Humbert. Je vous entretiendrai peut-être de ce sujet une autre fois !. Mais si, pour aller en Irlande vous traversez d'abord l'Angleterre, c'est peut-être à Fishguard que vous embarquerez pour Rosslare. Soyez en avance pour votre bateau, montez sur les hauteurs de Pen Caer, vous y verrez, érigée en 1897 la pierre commémorative de ce dernier débarquement ennemi sur le sol de la Grande-Bretagne .Avec un peu d'attention vous y verrez aussi l'ombre de Tate ou de quelques uns de ses hommes grâce à qui, s'ils avaient réussi, la face du monde eut sans doute été changée.

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