Auréolus, Philippus, Théophrastus

BOMBASTUS VON HOHENHEIM.

 

 

 

Né en Suisse en1493, il meurt à Salzbourg en 1541.

 

Il est plus connu sous son pseudonyme de PARACELCE : nous allons voir pourquoi en le situant dans l'histoire de la médecine.

 

Voici une liste non exhaustive des grandes étapes de la médecine dans le monde occidental.

 

Les Grecs achéens d'avant la guerre de Troie ( - 1230 ) vouaient un culte important à Asclépios, dieu de la médecine. Repris par les Romains sous le nom d'Esculape, ce culte resta vif pendant toute l'antiquité. Tout aussi ardent est le culte porté à ses filles : Hygie déesse de l'art de rester en bonne santé : l'hygienne, et dans une moindre mesure, Panacée déesse du remède.

 

Hippocrate ( - 430 - 377 ) attache une importance majeure à l'observation des signes cliniques, et à l'éthique ( son serment reste toujours d'actualité ). Hippocrate est l'auteur de la théorie des 4 humeurs.

 

Médecine et philosophie étant très intimement liées, citons Aristote, le péripatéticien, son enseignement reste influent pendant 18 siècles, jusqu'à la renaissance.

 

J'en arrive à Aulus Cornélius Celsus, dit CELSE. Théophrastus admirait ce médecin, contemporain de l'empereur Auguste ( - 27 + 14 ) ; Son œuvre principale " DE ARTE MEDICA " est une vaste et remarquable compilation des connaissances médicales de son époque. C'est ainsi qu'il prit le surnom de PARA-CELSE.

 

Vient ensuite Claude Galien ( +131 +201), c'est l'age d'or de l'empire romain

( Trajan, Hadrien, Antonin, Marc Aurèle). Médecin de renom, il fait progresser l'anatomie et l'art de préparer les remèdes, retenu sous le nom, toujours utilisé de galénique. Son hypothèse des 4 caractères, reprise de celle des 4 humeurs hippocratiques, jouit d'un grand prestige jusqu'à la renaissance. Paracelce, combattant vigoureusement, pour ne pas dire violemment cette théorie, s'attire l'inimitié de nombre de ses contemporains, pour lesquels elle reste une incontournable référence. Notre vocabulaire actuel utilise encore les termes de : type sanguin, lymphatique ou phlegmatique, de type bilieux, jaunâtre, atrabilaire, l'iritable coléreux : la bile noire.

 

Passons la décadence de l'empire romain, et la période quelque peu sombre du bas moyen age, pour arriver à l'an 1000, pour voir quelques progrès, avec les travaux de l'Iranien Avicenne ( 980 - 1037 ). Son œuvre de médecin et de philosophe s'inspire fortement d'Aristote ; elle reste très influente jusqu'au 17èmè siècle.

 

Peu de choses à signaler pendant ½ millénaire, nous voici à la renaissance ou nous rencontrons Paracelse.

 

 

 

 

Il Importe de situer le personnage dans le contexte de son époque.

 

En France, à sa naissance, en 1493, la guerre de 100 ans est terminée depuis 40 ans, et Louis XI est mort depuis 10 ans. Il a 5 ans à la mort de Charles VIII. Le règne de Louis XII marque la fin du moyen age et le début de la renaissance française. François Ier lui succède de 1515 à 1547.

L'Angleterre est marquée par le règne de Henri VIII (1457 - 1505 )

C'est Charles Quint qui marque de son empreinte l'empire germanique de 1519 à 1566.

 

Sur le plan religieux, Paracelse reste indépendant tout en étant relativement proche des réformistes : Luther, 1483 à 1541 et Calvin de 1509 à 1564.

 

Nous connaissons les grands découvreurs de l'époque. Citons Gutenberg, mort en 1468, Léonard de Vinci ( 1452 - 1519 ), Copernic ( 1473 - 1543 ), son système cosmologique, contredit celui d'Aristote, cela lui vaut la très mauvaise humeur du Vatican qui tient à ce que l'Homme, la créature de Dieu par excellence reste, au centre de l'univers. Colomb découvre l'Amérique en octobre 1492 et ramène dans ses bagages une nouvelle maladie qui va rapidement faire des ravages : la syphilis.

 

Paracelse a pour quasi équivalent français François Rabelais. Rabelais est né la même année que lui. Comme lui il est étudiant errant puis médecin, il est écrivain, théologien, tour à tour franciscain, dominicain, avant d'être nommé curé de Meudon. Il Meurt en 1553

 

Il sera juste de citer celui qui est considéré comme le père de la chirurgie moderne : Ambroise Paré. Il bénéficie de la libéralisation récente de la dissection anatomique humaine en 1490. ( 1509 à 1590, chirurgien successivement de Henri II, François II, Charles IX, Henri III )

 

Ce n'est qu'un siècle et demi plus tard que William Harvey découvre et décrit avec exactitude le système de la circulation sanguine.

 

Peu de chose jusqu'à la découverte de la vaccination par Edwards Jenner : 1749 - 1823.

 

Vous connaissez la suite, c'est le grand essor du 19ème avec ses grands noms de la clinique, de la physiologie, de l'anatomie, de la génétique : Laennec, Bichat, Mendel, Claude Bernard, Broca et bien d'autres, dont bien sur notre célèbre Louis Pasteur.

 

Du début du 20ième à aujourd'hui nous observons une progression d'allure quasi exponentielle des connaissances et des techniques.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Th. Bombastus von ( ou ab ) Hohenheim nait donc en 1493 à Einsiedeln près de Zurich, dans le canton de Schwytz.

 

Son père, Guillaume, médecin, instruit, lui enseigne le latin, la médecine et l'alchimie. Les œuvres d'Isaac le Hollandais lues dans sa jeunesse, lui donnent un amour profond de l'alchimie. C'est l'union des 2 sciences, médecine et alchimie, l'alchimie devenant chimie, qui caractérise après lui, l'école des paracelsistes.

 

Théophraste termine ses études auprès de Trithème, bénédictin, occultiste, spécialiste de la kabbale ( interprétation ésotérique des textes ), auteur d'un système de cryptographie. Cet homme a une grande influence sur les idées de Paracelse, lui enseignant magie et astrologie.

 

Pendant 10 ans Paracelse, jusqu'en 1527, voyage, mène une vie errante. Il visite successivement Portugal, Espagne, France, Pays Bas Saxe, Tyrol, Pologne, Moravie, Transylvanie, Hongrie, Suisse, il laisse entendre qu'il aurait aussi visité quelque peu visité l'Orient.

 

Il fréquente les écoles de médecine, étudie, compare, critique. Il va par les villes et les villages, soignant les malades, vendant des remèdes, tirant des horoscopes, invoquant les esprits. Partout il interroge les vieilles femmes, les bateleurs, les bohémiens, les empiriques, les bourreaux, les sorciers. L'un lui communiquait un truc, un secret, l'autre une cure bénéfique voire miraculeuse. Paracelse note, recueille tout, juge compare, observe. C'est ainsi qu'il acquiert un savoir, une science d'un volume prodigieux. Bien des savants de son époque ne veulent pas la reconnaître, parce qu'elle ne se retrouvait ni dans Galien, ni dans Hippocrate, ni dans Avicenne. £n Hongrie, il entre aux service des Frugger, riches banquiers, métallurgistes, alchimistes. Il peut ainsi travailler à son gré dans leurs vastes laboratoires.

 

C'est avec Paracelse et quelques-uns ( assez rares ) contemporains que l'alchimie sans en prendre le nom devient la chimie au sens moderne. Elle n'est plus l'art chimérique médiéval, ésotérique, potentiellement dangereux, à la recherche de la transmutation des vils métaux en or, elle n'est plus à la recherche de l'élixir de longue vie. ( à renouveler selon besoins, après accord du médecin conseil de la SS ). Avec Paracelse, elle se propose désormais un but plus élevé et plus sérieux. Entraîné à la recherche, à la découverte du vrai, elle prépare désormais une réelle régénération des sciences naturelles, en les poussant du coté des faits, dans les voies de l'expérimentation et de l'analyse.

 

Paracelse inaugure par ses travaux, ses expériences, la chimie pharmaceutique minérale, qu'il nomme médecine sparagique. Entre bien d'autres, il préconise l'emploi de l'acide nitrique et de ses dérivés, sels, sulfates, nombreux métaux et métalloïdes. Il fait ainsi de l'asepsie sans le savoir. Il déconseille formellement les cautérisations et l'exploration instrumentale des plaies, et les qualifient de pratiques de bourreaux. Il fait un très net distingo entre fracture fermée et fracture ouverte, présentant la contamination par l'air ou le contact.

 

Paracelse décrit avec précision entre autres maladies, celle des mineurs : la silicose, la syphilis récemment réimportée sur le vieux continent sous une forme très virulente, il étudie l'étiologie du goitre et préconise le traitement de l'œdème généralisé ( insuffisance

cardiaque ) par le mercure. Notables sont aussi ses études sur le rôle de l'estomac et des liquides gastriques.

 

 

En 1527 , après 10 ans de vie errante, la renommée de Paracelse est telle, qu'il est appelé par la ville de Bâle, pour être médecin de la ville, et occuper la chaire de physique et de chirurgie. Mais 1 an après il doit quasiment fuir la ville et se réfugier à Strasbourg. Il faut dire que Paracelse, très fier de l'étendue de son savoir, est d'un caractère on ne peut guerre plus orgueilleux. Son enseignement est péremptoire pour ne pas dire violent : ce qui lui vaut bien des opposants et ennemis à la dent dure. 2 exemples :

Paracelse s'adresse le plus souvent à son auditoire dans son dialecte alémanique, marque de mépris à une époque ou le latin (qu'il maîtrisait ) était la langue de référence universelle des scientifiques. ( quant on sait que actuellement, le parler alémanique du nord de l'Alsace est difficilement compréhensible par l'Alsacien du sud ! ).

Cela explique également que son œuvre soit restée longtemps méconnue en France et que les traductions françaises soient éparses et rares. Son œuvre complète, à ma connaissance, n'est pas entièrement imprimée. Inachevée dans les années 1980, elle atteignait plus de 16 volumes.

2ème exemple : à l'instart de Luther 10 ans plus tôt, brûlant publiquement la Bulle et les statuts de Rome, il jette dans le brasier de la saint Jean, les œuvres de Galien et d'Avicenne en proclamant : " Va au feu de la Saint Jean, et que tout ce qui est mauvais disparaisse dans l' air avec ta fumée ". Acte d'émancipation très mal vu, Hippocrate, Galien, Avicenne, restant pour l'époque les seules références admises.

 

Mais c'est le défi lancé par Paracelse à l'ancienne école.. Il en appelle un siècle avant Descartes à la raison et à l'expérience.

 

Quittant Bâle, il recommence à voyager soignant les princes, les grands, les prélats et les riches bourgeois.

 

Il meurt à l'hôpital de Salzbourg dans des conditions obscures et est enterré dans une église de cette ville. Nous sommes en 1541, Paracelse a à peine 48 ans.

 

Je ne vous parlerai pas de l'œuvre du Paracelse théologien et philosophe, elle est trop étendue, souvent d'un caractère abscons, parfois contradictoire. Quoique indépendante, voire originale elle reste emprunte d'un aspect médiéval. Paracelse reste quelque peu attaché à l'alchimie hermétique et à l'astrologie. Il établi une correspondance entre planètes, métaux et viscères. Il corrobore l'influence des planètes sur les naissances, l'évolution et le traitement des maladies.

 

On peut s'étonner ou regretter que cette puissance intellectuelle ait confirmé la science de son époque dans ces graves erreurs.

 

Mais pardonnons lui, combien d'entre nous ? cinq siècles plus tard ne résistent-ils pas à la curiosité pleine d'espérances de consulter leur horoscope ?

 

M. P. 08 03 07