IMPORTANCE DE LA FORET DANS LA VIE DE L'HOMME EN FRANCHE COMTE

Depuis son existence, 1'homme a vécu grâce à la forêt et 1'a modifiée selon ses besoins .

Pour se loger, il utilisa d'abord, les grottes, les surplombs naturels. Très vite, il en ferma I'entrée a 1'aide de fourches de bois recouvertes de peaux, comme à RENNES S/LOUE.

Ses principales ressources étaient:

LA PECHE qui 1'amena à confectionner des pirogues taillées d'une seule pièce dans un tronc d'arbre, la plupart du temps de chêne. On en a retrouvé au lac de

CHALAIN, remontant à plusieurs siècles avant JESUS CHRIST, dont celle découverte en 1904, vieille de 3000 ans, exposée au musée de LONS-LE-SAUNIER.

LA CHASSE

LA CUEILLETTE

EN DEVENANT PASTEUR, il lui fallut trouver des pâturages pour nourrir ses animaux.

11 se met a défricher les espaces incultes de diverses façons:

1) L'essartage qui consistait à couper, laisser sécher sur place pour y

mettre le feu, ce qui procurait de la cendre fertilisante.

 

2) LA METHODE DES CERNEUX: on creusait un cerne circulaire sur 1'ecorce de 1'arbre, ce qui le faisait périr, empêchant la sève de circuler.

 

3) L'ABERGEMENT qui consiste à donner aux nouveaux venus, les " ABERGEURS ", des terrains & mettre en valeur moyennant quelques corvées .

CES METHODES DE DEFRICHEMENT DONNERENT DES NOMS A DES COMMUNES:

CONCERNANT LES ESSARDS:

Les ESSARDS près de CHAUSSIN, ESSERVAL-COMBE, ESSERVAL-TARTRE près de NOZEROY.

 

Essarter s'appelait aussi ETRAPER, d'où ETREPIGNEY, ETRAPPE (DOUBS) ou FRAINDRE, FRETIGNEY en Hte SAONE.

 

CONCERNANT LES CERNEUX:

NOEL CERNEUX, CERNAY L'EGLISE (DOUBS), CERNIEBAUD, et probablement CERNANS.

 

CONCERNANT L'ABERGEMENT:

LABERGEMENT Ste MARIE, ABERGEMENT DU NAVOY, ABERGEMENT LA RONCE, ABERGEMENT St JEAN, ABERGEMENT LE GRAND, ABERGEMENT le PETIT, ABERGEMENT LES THESY.

Les endroits ou 1'on mettait régulièrement le feu se dénommaient LES ARSES d'ou LES ARSURES, ARSURE-ARSURETTE.

Tous les arbres à fruits indispensables à la nourriture de I'homme et des animaux étaient respectés, en particulier le chêne, a cause de ses glands, au détriment des autres arbres.

Le bétail se nourrissait en forêt: au XVIIIe siècle, la forêt de CHAUX, 20 000 hectares, nourrissait 20 000 bêtes a cornes, différentes de celles que nous connaissons au aujourd'hui - à 1'époque, un taureau pesait 200 kilos - 40000 porcs et quelques chèvres appartenant aux plus démunis.

Chênes et porcs marquèrent leur époque : ils sont a 1'origine de noms propres, tels que: pour le chêne: CHASSAGNE, CHENNECEY, CASSENE, QUENNECEY.

Pour le porc: POURCHET, POURCELOT, SCHWEINMANN en SUISSE, CHEVENEMENT en FRANCE.

La forêt fournissait bois et charbon de bois, indispensables aux industries de 1'epoque: Verrerie de LA VIEILLE LOYE, FORGES de FRAISANS ou ont été forgés les éléments de la tour EIFFEL, Salines de SALINS, Salines d ' ARC et SENANS.

Au XVIIe siècle, les Salines de SALINS consomrnent100 000 stères de bois, soit 270 stères par jour. 100 000 stères, cela représente une pile de bois de: Im20 de large, 1m de haut sur 83 kilomètres, c'est a dire de la sortie de SALINS a 1'entree de BESANCON, des deux cotés..

 

En comptant les chariots remplis de sel qui sortent pleins et reviennent vides, on estime qu'il rentre une voiture toutes les minutes. Les routes conduisant aux Salines sont encombrées de convois. II faut tellement de bois, qu'en dehors de SALINS, c'est trente deux communes riveraines qui approvisionnent les Salines.

Du reste, les Salines sont le plus gros revenu des Ducs de BOURGOGNE qui n'en possèdent, cependant, qu'une partie.

On assiste a la destruction des forêts ; la forêt- de Chaux a payé un lourd tribut avec la verrerie de LA VIEILLE LOYE et les Salines d'ARC et SENANS.

Les incendies de villages entiers provoquèrent des scènes de pillage dans la forêt pour la reconstruction.

Le bois était utilisé pour le chauffage des maisons. BESANCON, en 1822 pour 22 000 habitants, consomme 82 000 stères de bois, bien que, dans une salle a manger, la température normale fut de 15°C.

Le charron utilisait, lui aussi, pas mal de bois, pour la confection des chariots et des roues qui devaient être d'une solidité a toute épreuve C'est pourquoi, le moyeu dans lequel on pratiquait les mortaises, était en orme, le seul bois qui n'éclate pas, les rayons en frêne ou mieux en acacia et la jante en hêtre ou en orme.

Le charbon de la LOIRE arriva en FRANCHF COMTE en 1820; il remplaça progressivement le bois de chauffage et on orienta la forêt vers la production de résineux, beaucoup plus rentable que la forêt de feuillus.

Sur un bon sol, profond, c'est la première condition:

Un chêne est exploitable des 150 ans. On en compte 80 a 1'hectare de 2m3 chacun, soit 160 m3

Un sapin ou épicéa est exploitable a partir de 75 ans, si la sylviculture a été bien menée, avec éclaircies fréquentes. On en abat 250 a 1'hectare, tout en ayant planté 2500, chacun de 2m3, soit 500m3

Pourquoi ne pas en laisser deux ou trois fois plus à abattre, afin de disposer d'un volume deux ou trois fois plus important ?

II faut savoir: qu'un hectare de sol produit un volume constant quel que soit le nombre d'arbres.

Par exemple: un hectare de sol peut produire 500m3 de sapins:

Si on laisse 250 arbres, chacun cubera 2m3.

Si on en laisse 1000, chacun cubera 0,5 m3, donc sans valeur marchande.

Si on en laisse plus de 1000, on aura une forêt de manches a balais, comme on en voit la plupart du temps. Les propriétaires croient que la forêt pousse toute seule. Elle est comme un jardin, il faut s'en occuper et il y a toujours quelque chose à faire. Les arbres sont comme les carottes, si on n'intervient pas et qu'on laisse tout pousser, on ne récolte rien.

Un beau chêne a beau valoir 3 fois plus qu'un bel épicéa, il met deux fois plus de temps pour pousser, et on en récolte trois fois moins en volume.

 

L'autre avantage. du résineux est que si la sylviculture a été bien menée, vous pouvez et devez faire des éclaircies a partir de 40 ans, en principe tous les 5 ans, ce qui est rentable pour le propriétaire et pour la forêt qui prend de la valeur en prenant du volume.

II ne sert a rien de laisser les arbres vieillir. En 1668, Louis de FROIDOUR, commissaire réformateur des Eaux et Forets écrivait à COLBERT:

" Il faut savoir jusqu'a quel âge le bois croît et prospère. II est dangereux

de le laisser vieillir, il est en cela comme les femmes qui dans leur vieillesse

deviennent stériles.''

 

En principe, a cause du climat: pluviosité, températures, gelées, les plus beaux feuillus poussent en plaine, les sapins sur le premier plateau, les épicéas en altitude.

La forêt de LEVIER était encore en feuillus au début du XIX e siècle, celle de MONTROND fut enrésinée a partir de 1885.

En plantant des résineux, vous plantez pour vous, vos enfants et petits enfants et vous avez le plaisir de voir grandir vos arbres.

En plantant des feuillus vous travaillez pour vos arrières arrières petits enfants.

Les industries du bois font vivre actuellement 10 000 salariés en FRANCHE- COMTE et représentent par leurs effectifs, la seconde activité du JURA et la quatrième de la Hte SAONE.

Parmi celles-ci: sciages, charpente industrielle (ARBOIS), bois lamellé collé qui utilisent sapin et épicéa, meubles (4000 salariés) St LOUP, CHAMPAGNOLE . On utilise chênes hêtres, sapins, mais surtout des panneaux agglomérés ou contre-plaqué (peuplier) et aulnes pour les rayons et les surfaces cachées, tranchage de chêne pour coller une lamelle sur le contreplaqué (SOUVANS) .

 

Trituration, utilisant les houppiers de sapins et d'épicéas pour la production de pâte a papier, ainsi que la fabrication de papier journal.

De nombreuses grumes et bois de trituration sont expédies vers l'ITALIE, STRASBOURG et dans les usines spécialisées. Tabletterie: ARINTHOD , MOIRANS , St CLAUDE, CHAMPAGNOLE . Manches d'outils

Chalets: LONS le SAUNIER, L'ETOILE, LES ROUSSES, BOIS D'AMONT.

Skis : BOIS D'AMONT, LES ROUSSES.

Palettes: JACQUOT BAUDIER à CRAMANS.

PLAISIRS ET BIENFAITS DE LA FORET:

La fonction chlorophyllienne a pour effet d'absorber le gaz carbonique et libérer 1'oxygène.

Une culture agricole en libère 2 a 3 tonnes à 1'hectare, une futaie résineuse 30 tonnes, soit 10 fois plus. On admet qu'un hectare de forêt assure le besoin en oxygène d'un foyer de quatre personnes. II faut 50 000 hectares de forêt pour régénérer 1'air vicié d'une ville comme BESANCON, soit le quart de la surface boisée du DOUBS.

En brisant le vent, la foret fixe les poussières par ses feuilles ou aiguilles. Un hectare de futaie de hêtres peut en récolter 60 tonnes par an que les pluies entraînent ensuite vers le sol .

La forêt apporte le calme aux personnes qui viennent s'y promener: air pur, loisirs; pique-nique, promenades a pied, a cheval, cueillette de champignons, de muguet, chasse, etc. ....

Henri ALGAN, Lorrain, Inspecteur des Eaux et Forêts, poète et amoureux de la nature, écrivait ceci en 1812 et nul autre que lui, ne peut mieux exprimer tous les bienfaits que nous offre la forêt:

"La forêt, ce n'est pas seulement les arbres, chênes altiers, sapins géants. Ce sont nos gentils arbrisseaux, ce sont les humbles plantes, les herbes, les .mousses, les champignons des bois.

La forêt, c'est le muguet qui embaume , la source qui murmure , 1'insecte qui bourdonne , 1'oiseau qui chante et 1'oiseau qui frappe au tronc .

La forêt, c'est mille autres choses encore, mille riens charmants, le bourgeon qui s'ouvre aux premières chaleurs du printemps, la feuille jaunie qui se d£tache aux premières gelées de 1'automne.

Aimez bien la forêt, c'est une amie un peu mystérieuse, mais si belle, si bonne, et vous n'en aurez pas de plus fidèle. Elle vous procurera des distractions et des joies que vous ne soupçonnez pas .et des consolations si vous en avez besoin".

Andre LEJEUNE, Le 22-10-2006