COMMENT NAISSENT LES " FRATERNITES "
QUEL RAPPORT AVEC LE ROTARY CLUB ?
Mes chers amis, vivement encouragé, il est vrai, par notre Président, depuis un certain temps déjà, à faire une petite causerie, j'ai choisi de vous parler de la naissance des Fraternités, tout simplement parce que je suis actuellement dans la lecture d'un livre qui m'a été offert l'été dernier, intitulé, le FEU SACRE, ou " les fonctions du religieux ", de Régis Debray.
Ce livre m'a été particulièrement ardu à lire et à comprendre, et j'ai saisi l'occasion que m'imposait (très amicalement il est vrai) , Serge) de terminer le chapitre en cause, en raison du lien que l'on peut faire avec le Rotary, et avec l'espoir que si le temps le permet et si le cour vous en dit, je recueillerai vos points de vue sur la question et les remarques que vous ne manquerez pas de faire, pour parfaire et corriger le tir.
Bien évidemment j'ai taillé à grands coups dans le côté éminemment philosophique et même religieux, pour ne retenir que ce qui pourrait avoir un lien avec la naissance, les fondements, l'organisation et le fonctionnement de notre club, ainsi qu'avec sa pérennité. Et j'y ai ajouté quelques réflexions personnelles pour ne pas faire trop sérieux.
Pour résumer mon introduction, R .Debray indique que " l'homo religiosus " ressemble un champion de " l'être ensemble ", et qu'il a l'art de donner naissance à de véritables individus collectifs, dotés d'une espérance de vie très supérieure à celle des individus physiques. Leur diversité est telle qu'elle peut s'appliquer à des gens aussi différents par exemple que les
moines, les académiciens, les pirates, et dans la foulée pourquoi pas les rotariens.
Brièvement, il nous faut parler tout d'abord de deux notions : " l'expérience spirituelle " et la comparer à " l'expérience religieuse ".
L'expérience spirituelle, concerne chacun d'entre nous et sa vie intérieure. Même si cela pousse à nous regrouper pour cela, par exemple autour de la musique sacrée, c'est le plus souvent une affaire individuelle, de méditation solitaire.
L'expérience religieuse à l'inverse, est tournée vers le collectif, qui cultive l'union de l'individu à son milieu : par les monuments, les églises, les écoles. Le religieux s'occupe du quotidien : il édicte des règles, de sacrements, des rites, des missions. Bref, il organise. Spirituel et religieux, loin de s'opposer, se nourrissent l'un de l'autre. C'est un trait caractéristique de notre espèce animale (j'ai parlé de l'homo religiosus), de pouvoir se regrouper non seulement sur les liens du sang, du clan, du territoire, de la tribu, mais aussi en fonction d'affinités électives. Cette conviction commune pousse à créer une organisation.
En second lieu, l'auteur se pose la question de " l'énigme associative ".Bien évidemment le Rotary étant né aux Etats-Unis, je n'ai pu résister à rappeler qu'en 1956, le Président Eisenhower a purement et simplement changé la formule latine impériale retenue à l'origine des Etats-Unis
c'est-à-dire " E PLURIBUS UNUM " par son équivalent en langue anglaise " IN GOD WE TRUST " qui est aujourd'hui la devise officielle de ce pays, le plus religieux d'occident (1 % seulement des Américains se déclarent athée ! et 93 % se reconnaissent dans le Dieu judéo-chrétien unique et personnel)
Rassurez-vous tous, je ne m'étendrai pas sur un sujet aussi délicat pour moi, sinon pour faire valoir que ce changement de formule est fondamental : " Nous plaçons notre confiance en Dieu " Cette formule (reprise dans le serment scolaire matinal de tous les petits américains) est destinée à favoriser le resserrement entre tous les membres de cette grande nation, écartelée entre ses différents états, le nord et le sud, les différentes ethnies, races et religions. Cette façon de procéder est très utile : quelques exemples :
Il n'y aurait jamais eu de médecine à proprement parler si Hippocrate n'avait pas un jour dissocié " maladie " et "malheur ", en lui ôtant son côté moral et en la limitant à des raisons corporelle seulement.
Le but qui nous occupe, n'est pas simplement de réunir un ensemble de personnes à un instant donné : malades réunis dans un hôpital, public réuni pour un concert, un meeting.
Ce qui nous intéresse c'est, comme les membres d'un monastère, d'une secte, d'un kibboutz, d'un club comme le nôtre, de voir les gens non vivre les uns sur les autres, mais les uns avec les autres.
Il existe une infinité de degrés de rassemblement :
- repas mondain entre personnes ne se connaissant pas forcément toutes
- parti politique : il s'agit de réunir des gens d'horizons divers dans une même maison (rose ou bleue) pour suivre des leaders (qui d'ailleurs se détestent parfois entre eux)
- l'académie : personnes réunies pour la défense de la langue française, dans un cadre très organisé et protégé (déjà quatre siècles d'existence !)
- confréries et clubs, catégorie dans laquelle on peut classer le Rotary
- communautés monastiques : bouddhistes pour les plus anciennes, et dans l'ordre d'apparition dans le temps, les communautés monastiques chrétiennes orientales, ensuite les ordres monastiques latins.
Ceci dit, j'aimerais développer maintenant la notion " d'exploit monastique ", pour étudier la manière dont s'élabore, à partir de choix de vie individuel, un héritage collectif.
Volontairement, je passerai sur l'historique, pour ne retenir que quelques points, y compris parfois anecdotiques pour alléger le tout, de l'apparition du fait monastique.
Moine, qui vient du grec " monos = seul " n'est pas celui qui vit seul (comme les anachorètes), mais qui cherche sa sanctification en s'unissant à lui-même. Pour cela, s'il recours à la prière, le moine est plutôt quelqu'un de " sur occupé " : horaires sans temps mort, assiduité aux travaux de tous les jours. Vous l'aurez compris, être moine n'exclut pas la vie en communauté. Ces " frères en solitude " se mettent sous l'autorité d'un prieur. Selon la règle de St Benoît, la première " espèce " de moine, est celle des cénobites, c'est-à-dire ceux qui vivent en commun dans un monastère, et combattent sous une même règle et un abbé.
Quelques exemples de durée d'existence :
- St Benoît : 15ième siècle
- Les Chartreux : 10ième siècle
- Les Jésuites (dissous en 1773 mais refondés en 1814)
- Les Frères des Ecoles Chrétiennes : 1680
Vous allez me dire, quel intérêt de constater cela, qu'est-ce qu'ils nous ont apporté, ces ordres religieux dont pourtant tout le monde, athée ou croyant, a entendu parler ?
Et bien rien moins que :
- la démocratie représentative (née à l'époque des monarchies centralisées)
- un code électoral élaboré, avec système de la majorité relative,
- la notion de mandat temporaire
- le vote à bulletin secret (Cisterciens)- le vote à majorité simple (Dominicains)
Juste pour l'anecdote, mais dans le droit fil de mon propos sur l'existence de groupes organisés ayant perduré : les pirates, les boucaniers, les flibustiers.
Dans leur organisation, il existait une démarche égalitaire, sans doute sévère mais moins despotique que dans les abbayes. (nous exclurons de la comparaison le but recherché!)
Ils juraient sur la bible de respecter la charte, qui prévoyait :
- le refus de la descendance (pas d'enfant)
- l'exclusion du beau sexe (à bord bien sûr)
- forte hiérarchie (capitaine seul maître à bord après Dieu)
- esprit de partage (pour le butin)
Seule différence de taille avec les moines, c'est que ces règles cessaient lors de l'arrivée au port, alors que dans les monastères les règles s'appliquaient constamment.
Pour renforcer l'importance qu'il faut reconnaître à ces groupements de personnes qui durent dans le temps, comme on le souhaite pour le Rotary, je ne résiste pas à vous faire une petite énumération de l'héritage important transmis par les Frères des Villes et des Campagnes :
- parmi les meilleurs collèges : Oxford, Cambridge (fondée par un congrégation dissoute par Henry VIII)
- écoles militaires, maisons de retraite, hostelleries, hôpitaux, ladreries, orphelinats, bibliothèques, asiles divers.
- gastronomie, routes et ponts, agriculture, agronomie, industrie (papier, bière, vigne et vin)- horloge mécanique
- Dans le langage courant :
- déjeuner (c'est simplement rompre le jeune de la nuit)
- profession (déclaration de foi = état exercé)- pitance (portion du moine)
- capitulation (compromis entre les moines capitulaires et l'abbé)-
- voix au chapitre (pouvoir de décompter les voix : le moine s'exprime à haute voix)
- scrutin : scrupuleux dénombrement des voix
- lecture silencieuse (avant le 6ième siècle, la lecture se faisait à haute voix).
Je vous passerai sous silence l'incroyable foisonnement de ces groupements tant religieux que laïcs qui ont traversé le temps en transmettant des croyances, des idées, des méthodes toujours d'actualité aujourd'hui :
- Frères des Ecoles Chrétiennes (laïcs), les ordres réguliers (qui exigent des vux solennels et définitifs), les congrégations qui n'exigent que des vux simples, des instituts séculiers (qui regroupent prêtres et laïcs) comme la prélature personnelle du pape, les cloîtres (clôture complète) et les couvents (semi-clôture)
Dans notre société du " moi d'abord ", les moines ne représentent-ils pas les derniers insurgés avec les idées qu'ils appliquent ? :
- ne jamais être propriétaires de biens immobiliers
- animer des lieux qui ne leur appartiennent pas
- ne vivre que du fruit de leur travail
- accepter d'être intégralement pris en charge par la communauté sans capitaliser
- renoncer à tout bien personnel (ce qui est admis par le code civil)
C'est d'ailleurs peut-être pourquoi l'église se méfie du moine. Un dicton rappelle que " le moine doit fuir les femmes et les évêques "
Je suppose que si nous sommes tous ici réunis aujourd'hui, c'est qu'on ne nous en a pas tant demandé, et que nous n'avons pas été contraints de prendre des engagements si forts Par ailleurs, il est possible de tirer quelques leçons des quelques 350 instituts masculins et 500 féminins dans le monde, de s'inspirer de leur savoir-faire en matière d'esprit de corps ; Le Rotary m'a, semble-t-il assez bien su le faire :
- savoir faire accepter les adaptations selon les murs et les différents pays
- faire lignée (un gouverneur disparaît, un autre le remplace aussitôt)
- faire image : le sigle, les fanions, les pin's, les logos, les grades, les distinctions.
- faire souche : mettre des points sur la carte (organisation en districts)
- faire attendre : opération polio + Elle a mobilisé le Rotary durant de nombreuses années avant d'aboutir.
- Faire goûter une saveur particulière ( les réunions conviviales, les soirées avec épouses, les rencontres avec les autres clubs)
Tout cela me fait penser qu'ayant repris à son compte, la plupart des ingrédients qui ont fait la réussite des autres organisations précédemment évoquées, le Rotary a encore de beaux jours devant lui, et a fait preuve d'une réussite exemplaire de part le monde, en raison de son étendue
géographique, du nombre de membres qu'il réunit, des réalisations.
Brève récapitulation :
Le Rotary représente un " individu collectif " de belle taille à ce jour,
puisqu'on peut compter environ 1, 227 millions de rotariens dans le monde,
31 000 clubs dans 166 pays ; Il a su se doter d'une devise forte : Servir, complétée par d'autres choisies par chacun des Présidents Internationaux. Il a basé son fondement sur des choses universellement reconnues par l'humanité entière : respect de l'intérêt général, observance de règles de haute probité, la reconnaissance de toute occupation utile, de chaque profession, application de cet idéal dans la vie privée comme dans la vie publique, et enfin développement de l'entente entre les peuples et la recherche de la paix.
Il a su se doter de structures qui lui assurent une pérennité certaine (organisation nationale et internationale, découpage géographique, thèmes renouvelés pour entraîner les troupes, remplacement automatique des dirigeants à tous niveaux, contrôles internes, ouverture y compris aux femmes (8 %)
Tous les ingrédients du succès, y compris nos qualités personnelles mises au service de tous, étant réunis, le Rotary aura sans doute une longue vie devant lui, alors qu'il fêtera son centième anniversaire dans un an (2005)
Je terminerai sur deux citations : La première d'Arch KLUMPF qui écrivait en 1931 à propos de la Fondation Rotary : " La Fondation Rotary n'est pas faite pour bâtir des monuments de
brique ou de pierre. Si l'on travaille dans le marbre, le marbre périra. Si l 'on bâti des temples, ils tomberont en ruines. Mais si l'on sait transformer les forces spirituelles de l'homme, qui sont immortelles, si l'on s'imprègne du sens profond du Rotary tel qu'il se traduit dans nos objectifs, et de la juste crainte de Dieu et de l'Amour de notre Prochain, on grave alors quelque chose d'impérissable qui assurera la survie du Rotary, aussi longtemps que durera notre civilisation ".
La dernière de Paul HARRIS en 1915 : " Je considère parfois le Rotary comme l'ébauche d'une philosophie mondiale de la vie et du travail pour atteindre le bonheur "