Antoine Laumet est né le 5 mars 1658 à Laumont en Gascogne, il est le fils de simple bourgeois, Jean Laumet.
On le voit apparaître en 1683 en Acadie sous les traits d'un aventurier qui s'engage auprès d'un flibustier, François Guyon, dit Desprès qui protège les côtes acadiennes en arraisonnant les navires ennemis et en s'appropriant leur garnison. Le 25 juin 1687, il épouse une nièce du flibustier, Marie-Thérèse Guyon qui le suivra dans ses aventures et lui donnera 9 enfants. Il se présente alors comme Antoine de la Mothe, écuyer, sieur de Cadillac, âgé de 26 ans , fils de Jean de la Mothe, seigneur du dit lieu de Cadillac, de Launay et de Montet, conseiller au Parlement de Toulouse et de Dame Jeanne de Malenfant.
On ne sait pas où il a fait ses études mais ses écrits indiquent une éducation et une culture certaine.
Le couple se rend en Acadie et en 1689 on lui concède un fief à Port-Royal et un autre qui englobe l'île des Monts-déserts. Son mauvais caractère attire l'attention, son "mauvais esprit", on se dit qu'il a été chassé de France.
On le retrouve ensuite en France où il commence une carrière de courtisan. Ses biens ayant été détruits à Port-Royal, il attire l'attention du ministre des colonies, Louis Phélyppeaux de Pontchartrain qui le recommande au gouverneur Louis de Buade de Frontenac.
Frontenac s'intéresse à lui car on lui a vanté sa connaissance de la côte atlantique et parce qu'il veut s'emparer de New York. Il le délègue alors en France pour recueillir l'aval du Roi pour ce projet de conquête.
Cadillac avec un cartographe effectue une tournée de reconnaissance de la côte américaine pour en étudier les contours avec précision. Ce projet n'aura pas de suite mais permettra à Cadillac de monter en grade, il est nommé en 1693 commandant d'une compagnie par Frontenac puis enseigne de vaisseau par Pontchartrain. Il devient commandant de Michillimakinac. Il doit stabiliser les liens entre la Nouvelle France et les tribus des grands lacs de l'Ouest. A peine arrivé sur les lieux en hiver 1694, les bonnes relations qui existaient avec les autochtones se détériorent. Ils cèdent désormais leurs fourrures aux plus offrants, c'est à dire aux anglais. Cadillac ne respecte pas les précautions prises auparavant par les autorités, il distribue de l'eau de vie, se livre au commerce des fourrures et s'enrichit rapidement.
En 1698, il est critiqué de toutes part mais se juge victime de cabales. Il se rend en France et présente un mémoire pour l'établissement d'une colonie permanente sur la rivière Détroit. Le 27 mai 1699, le Roi en commande son exécution.
Cadillac a pour mission
" D'empêcher le castor de tomber aux mains iroquoises
" De livrer les fourrures les plus recherchées
" D'assurer de travail aux coureurs des bois
" De garantir des bénéfices aux marchands
" De réunir au poste de Détroit les nations alliées et avec l'aide des colons et des missionnaires, les assimiler à la nation française.
A Québec, on hésite à appliquer ce projet car on en connaît les difficultés. A la fin de 1700, Versailles revient à la charge et il faut donc agir. Cadillac quitte Montréal le 5 juin 1701 avec une centaine de personnes, habitants et soldats y compris deux missionnaires.
Le 24 juin le groupe s'installe sur le site et commence la construction du fort Pontchartrain. Trois ans plus tard, après une lutte avec la compagnie de la colonie qui avait la cession du fort, Cadillac en devient le maître. Il demande un marquisat pour Détroit mais ne l'obtient pas. En 1706 et 1707, Versailles reconnaît que la colonie de Détroit se développe bien mais que les liens avec les peuples de l'Ouest n'ont pas été consolidés. La plupart des fourrures partent sur New York, il ne fait aucun doute que Cadillac a commercé avec les Anglais, distribué de l'eau de vie et soudoyé des canadiens.
En 1710, Pontchartrain impose la disgrâce de Cadillac et le nomme gouverneur de la Louisiane, il ne s'y rend que trois ans plus tard, en juin 1713, dès l'automne on l'accuse déjà d'avoir semé la discorde et incité les rares habitants de la Louisiane à s'en aller.
Il est rappelé en France, il y débarque à la fin de l'été 1717 et il entre à La Bastille le 27 septembre avec son fils aîné pour avoir parlé contre le gouvernement de l'Etat et des colonies. Il est libéré au début de l'année suivante et rentre dans les bonnes grâces de la cour. Il est décoré de la croix de Saint Louis et on lui confie le gouvernement de Castelsarrasin. Il y meurt 12 ans après, le 15 octobre 1730.
Bernard Roussel. 10 février 2005