Al Capone

 

En 1894, parmi les 43 000 italiens qui émigrèrent aux Etats-Unis, se trouvaient Gabriel Capone, sa femme Theresa qui était enceinte et ses deux fils, Vincenzo qui avait deux ans et un bébé, Raphaël. Gabriel avait trente ans, il était barbier, il savait lire et écrire, il venait d'un village à 25 km au sud de Naples. Son intention était de faire n'importe quel travail jusqu'à ce qu'il ait assez d'argent pour pouvoir ouvrir sa propre boutique.

La famille s'est installée à Brooklyn dans un taudis sans sanitaires à coté d'un quartier où les marins venaient chercher leurs plaisirs d'escale.

Gabriel trouva un emploi dans une épicerie et Theresa du travail de couture. Leur troisième enfant, Salvatore naquit en 1895. Leur quatrième fils est né en 1899, c'était le premier à être conçu et né aux USA, il s'appelait Alphonse.

La famille était honnête, le père ne battait pas ses enfants il n'y avait pour eux aucune disposition pour une carrière criminelle.

 En mai 1906, Gabriel devint citoyen américain, et si ses enfants gardèrent leurs prénoms italiens au sein de la famille, pour l'extérieur, ils prirent des prénoms américains. Vincenzo devint James, Raphael, Ralph, Salvatore, Frank et Alphonse, Al.

Peu après la naissance d'Al, la famille emménagea dans un meilleur appartement qui se trouvait au-dessus de la boutique de barbier de Gabriel, 69 Park Avenue à Brooklyn. Ce déménagement allait exposer Al à d'autres influences culturelles, la plupart des habitants du quartier étaient Irlandais avec une minorité d'Allemands, de Suédois et de Chinois. Ceci l'a certainement aidé pour son futur rôle à la tête d'un empire du crime.

A 5 ans, en 1904, il est entré à l'école publique, mais le système scolaire n'était pas très favorable aux enfants d'émigrés italiens. Les Italiens étaient considérés comme des sous-hommes par les anglo-saxons. Les parents d'ailleurs attendaient que leurs enfants soient assez âgés pour les faire travailler. Al commença à bien travailler, mais à partir de la sixième cela se détériora. A 14 ans, il se mit en colère contre l'institutrice, elle le frappa et il la frappa à son tour. Il fut renvoyé et n'alla plus à l'école.

A ce moment sa famille a déménagé encore une fois et dans ce nouvel environnement il allait rencontrer ceux qui auraient le plus d'influence sur son futur, sa femme Mae et le gangster Johnny Torrio.

 Johnny Torrio était une nouvelle race de gangster, un pionnier dans le développement d'activités criminelles en tant qu'entreprise. Ses talents d'organisateur ont transformé un racket brut en une entreprise structurée qui était en mesure de s'étendre quand des opportunités se présentaient. Le jeune Capone a auprès de lui, appris des leçons qui lui furent très utiles pour développer plus tard son empire du crime à Chicago. Torrio était un petit homme, la rue lui avait appris très tôt que l'intelligence, l'ingéniosité et la capacité à nouer des alliances étaient critiques pour survivre. C'était un gentleman gangster qui était très connu comme racketteur mais inconnu comme souteneur et patron de bordels. Il servait de modèle pour de nombreux jeunes et Capone comme beaucoup d'autres se faisait de l'argent de poche en faisant des courses pour Torrio. Avec le temps, Torrio a fait de plus en plus confiance au jeune Capone et lui a donné de plus en plus de choses à faire. Capone a appris beaucoup en observant ce racketteur riche et respecté, il a compris qu'il fallait mener une vie extérieurement respectable et séparer sa carrière de sa vie familiale. En 1909, Torrio déménagea à Chicago et Capone subit d'autres influences.

Les gosses des immigrants de Brooklyn faisaient partie de bandes, celle des Italiens, celle des Juifs et celle des Irlandais. Ces bandes avaient leur territoire, leurs rues, leurs activités étaient plus du vandalisme et des larcins que du crime organisé. Mais en dépit de cette appartenance à des bandes et à ses relations avec Johnny Torrio, rien ne faisait présager pour Capone, une vie criminelle. Il vivait toujours avec ses parents et faisait ce qu'il devait faire c'est à dire travailler et aider sa famille.

 Son père Gabriel avait son salon de coiffure et sa mère Theresa avait de nouveaux enfants, quelques garçons et deux filles dont une mourut en bas âge. Le seul incident fut quand l'aîné, Vincenzo (James) quitta la famille et partit dans l'Ouest. Pendant environ 6 ans Al Capone travailla dans une usine de munitions puis dans une usine de papier, il rentrait tous les soirs à la maison, il était calme, parlait doucement et il était plutôt médiocre en tout, sauf en danse.

 C'est alors qu'il rencontra Frankie Yale, qui était originaire de Calabre et qui avait bâti son organisation sur le muscle et la violence. Yale ouvrit un bar à Coney Island, le Harvard Inn, et sur la recommandation de Johnny Torrio, il embaucha Al Capone comme barman. Capone avait 18 ans, il était barman mais aussi videur et servait parfois aux tables. La première année il fut apprécié de son patron et des clients. Mais sa chance tourna le jour où il servit la table d'un jeune couple. La fille était très belle et Capone en fut subjugué. Il se pencha vers elle et lui dit "Chérie, tu as un beau cul et prends-le comme un compliment". L'homme qui était avec elle était son frère, Frank Gallucio, il bondit et frappa l'homme qui venait d'insulter sa sœur. Capone répondit avec rage et Gallucio sortit un couteau pour se défendre et frappa trois fois Capone au visage avant de prendre sa sœur et de partir. Les blessures se sont bien guéries mais les longues et vilaines cicatrices allaient hanter Capone toute sa vie. Capone était devenu Scarface.

 Gallucio alla se plaindre à Lucky Luciano qui alla voir Frank Yale. Capone dut présenter des excuses à Gallucio. Capone a retenu quelque chose de cette histoire, il devait se maîtriser quand c'était nécessaire.

 Yale prit Capone sous son aile et lui apprit comment développer son business par la force et la brutalité. Il était spécialisé dans l'extorsion et l'usure, prenant sa part sur les souteneurs et les bookmakers, et sur la "protection" des entreprises locales. Yale avait besoin de costauds qui pouvaient casser des bras et des têtes mais aussi tuer.

L'influence de Yale sur Capone était puissante, mais d'autres influences avaient un effet modérateur sur lui. A 19 ans, Capone rencontra une jolie Irlandaise, Mae, qui avait deux ans de plus que lui. Elle venait d'une classe moyenne aisée et sa famille ne vit pas avec plaisir sa relation avec Capone. Ce n'est qu'après la naissance de leur premier enfant qu'ils se marièrent. Cet enfant, Albert Francis Capone, qui fut surnommé Sonny, est né le 4 décembre 1918. Johnny Torrio était son parrain. Il semblait en bonne santé à la naissance, mais en fait, il était victime de syphilis congénitale.

Capone avait été infecté avant d'être marié mais il croyait être guéri.

 

Avec une femme belle et respectable et un enfant à charge, Al Capone rechercha un emploi légitime. Il cessa de travailler pour Frankie Yale et déménagea pour Baltimore où il travailla comme comptable pour une société de construction. Il se débrouilla très bien, il était habile, avait un bon sens des chiffres et était très fiable.

 Mais son père Gabriel mourut d'une maladie de cœur le 14 novembre 1920 à l'age de 55 ans. L'absence soudaine d'autorité parentale incita Capone à abandonner son travail et son image de respectabilité soigneusement acquise. Il reprit contact avec Torrio qui avait développé ses activités dans les opportunités offertes par Chicago, le jeu, les bordels et l'alcool illégal.

 Aux Etats-Unis en 1820, la consommation d'alcool pur par habitant était de 27 litres par an. Vers 1855, 13 des 31 états de l'époque adoptèrent des lois contre l'alcool qui firent baisser la consommation annuelle à 8 litres. La Guerre de Sécession fit oublier ces lois et le pays se trouva avec 100 000 saloons, soit un pour 400 habitants. Dans ses saloons il y avait du jeu, de l'alcool et des filles. Dès 1873 se développa une " Ligue Anti-Saloon ". Ce mouvement fut au début essentiellement féminin, ce fut " La Guerre des Femmes ".

En 1916, 23 des 48 états avaient voté des lois pour fermer ces saloons et en 1916, les électeurs envoyèrent au Congrès une majorité anti-alcool. Le 18 ème amendement à la Constitution, aussi appelé le " Volstead Act " fut ratifié en janvier 1919 par 80% des voix dans 46 états. Il entra en vigueur le 16 janvier 1920. La consommation d'alcool pendant la Prohibition passa de 9,8 litres à 3,7 par an et par personne. Mais beaucoup de l'alcool clandestin était frelaté et causait des ravages parmi les consommateurs.

A titre de comparaison, la consommation en France était en 1996, de 11 litres par an.

 La Prohibition sera abrogée en décembre 1933.

 

 Chicago

 

 

En 1921, Capone accepta de partir pour Chicago, c'était l'endroit idéal pour bâtir un empire du crime. C'était une ville ouverte, une ville brutale où chaque année aux abattoirs, 10 millions de vaches, de cochons et de moutons étaient tués par des hommes qui pataugeaient dans le sang. La corruption politique et le crime fleurissaient. La ville se faisait connaître par sa richesse et sa promiscuité sexuelle. Quand Al Capone arriva à Chicago, le commerce de la chair devenait l'activité principale du crime organisé. Le roi de la prostitution était "Big Jim" Colosimo qui était associé à sa femme Victoria Moresco. Leurs bordels leur rapportaient $50 000 par mois. Big Jim était propriétaire du Colosimo Café, un des night-clubs les plus populaires de la ville. Le fait qu'il soit souteneur ne gênait personne, un de ses clients réguliers était Enrico Caruso. De gros diamants brillaient à tous les doigts de Big Jim ainsi qu'à sa ceinture. Comme ses affaires prenaient de l'ampleur, Big Jim fit appel à Johnny Torrio pour diriger et développer son empire. Ce choix fut judicieux parce que Torrio développa ses affaires sans attirer l'attention. Torrio était un businessman sérieux, à l'inverse de Big Jim, il ne buvait pas, ne fumait pas et ne trompait pas sa femme.

 

Une jeune et jolie chanteuse provoqua la chute de Big Jim. Il en tomba amoureux, il divorça de Victoria et épousa tout de suite la jeune chanteuse. La nouvelle de la folie de Big Jim alla jusqu'à Brooklyn où Frank Yale y vit une opportunité de se développer à ses dépens. Le 11 mai 1920, Yale assassina Big Jim dans son night-club. Les obsèques de Big Jim furent somptueuses, des prêtres et des officiers de police faisaient la queue pour présenter leurs respects à la dépouille mortelle. Bien que Colosimo fut connu comme le premier souteneur de Chicago, il y avait parmi ceux qui tenaient les cordons du poêle, trois juges, un député et pas moins de 9 adjoints au maire.

 

Comme la police savait qui était le meurtrier, Frankie Yale fut arrêté à New York mais le serveur qui était le seul témoin du meurtre refusa de témoigner. Si Frankie Yale réussit à se tirer d'affaires, il ne réussit pas à prendre en mains l'empire de Big Jim. Johnny Torrio réussit à garder les commandes de l'entreprise à plusieurs millions de dollars par an qu'il avait bâti pour Big Jim. Avec l'aide formidable que lui apportait la Prohibition, Torrio supervisait des milliers de bordels, de cercles de jeu et de bars clandestins.

 

Torrio a tiré le jeune Capone de son travail honnête de comptable pour le plonger dans cette vaste entreprise criminelle. La possibilité de progresser et de gagner de l'argent était infiniment plus grande, mais la honte de diriger des bordels ennuyait Al. C'est donc en 1921 que Capone a tourné définitivement le dos à une vie respectable. Avec son sens des affaires, Capone devint vite le partenaire de Torrio plutôt que son employé. Il prit la direction du quartier général de Torrio qui était à la fois un bar clandestin, un cercle de jeux et un bordel. Capone fut bientôt rejoint par son frère Ralph.

 

A cette époque Capone s'associa à un homme qui allait devenir son ami pour la vie, Jack Guzik. C'était un Juif orthodoxe dont la grande famille vivait de la prostitution. La capacité de Capone de se créer des liens en dehors des gangsters italiens aura une importance incalculable dans le développement de sa destinée.

Comme l'argent rentrait, Capone acheta une maison modeste Prairie Avenue. Il y fit venir non seulement sa femme et son fils, mais aussi sa mère et d'autres parents. Pour ses voisins, Al Capone était un négociant en meubles d'occasion. Il faisait des efforts pour maintenir une façade de respectabilité.

Pendant quelques années après l'arrivée de Capone à Chicago tout allait pour le mieux pour les différents gangs qui vivaient du racket. Mais un nouveau maire, William E. Dever succéda à un maire spectaculairement corrompu, "Big Bill" Thomson. Le racket devint beaucoup plus difficile aussi Torrio et Capone décidèrent-ils de déplacer beaucoup de leurs affaires dans une banlieue de Chicago, Cicero, là où ils pouvaient acheter toute la municipalité et la police. Torrio ouvrit son premier bordel à Cicero et il ramena ensuite sa mère en Italie en laissant Capone en charge. L'intention de Capone était clairement de mettre la main sur toute la ville. Il chargea son frère aîné Frank d'assurer le contact avec la municipalité, et son frère Ralph d'ouvrir un bordel pour les ouvriers qui étaient nombreux à Cicero. Al Capone se chargea du jeu, il prit une part dans un nouveau cercle de jeu et dans un champ de courses. Capone eut un seul opposant, un journaliste du Chicago Tribune, Robert St John. Chaque numéro du quotidien contenait un article exposant les rackets de Capone. Ces articles étaient efficaces au point de mettre en péril les candidats que Capone soutenait pour les élections. Le jour des élections, les choses s'envenimèrent quand les forces de Capone kidnappèrent les représentants de ses opposants et firent pression par la violence sur les votants. Comme la nouvelle de ces violences se répandait, le chef de la police de Chicago rassembla 79 policiers et leur donna des fusils à pompe. Les policiers étaient en civil et circulaient en voitures banalisées. Frank Capone marchait dans la rue quand le convoi passa à coté de lui. Il fut reconnu et les policiers jaillirent des voitures. En quelques secondes, le corps de Frank fut criblé de balles. La police déclara que c'était un cas de légitime défense car en voyant les policiers venir vers lui, Frank avait sorti son revolver.

Al Capone devint fou de rage, il fit kidnapper des officiels et voler les urnes du scrutin. Un officiel fut tué. Capone avait remporté la victoire pour Cicero, mais à quel prix !

Capone fit des funérailles somptueuses à son frère, les fleurs seules, fournies par Dion O'Banion qui était fleuriste mais aussi racketteur avaient coûté $20 000.

Cinq semaine après, un petit gangster, Joe Howard agressa Jack Guzik, l'ami de Capone. Apprenant cela, Capone suivit Howard et le trouva dans un bar. Howard commit l'erreur de traiter Capone de maquereau rital. Capone sortit son revolver et l'étendit raide mort.

Les témoins ayant perdu la mémoire, Capone ne put être inquiété mais ce meurtre lui donna une notoriété qu'il n'avait pas eue auparavant. Une fois pour toutes, il avait tourné le dos au modèle de discrétion anonyme de Torrio.

A 25 ans, après seulement 4 ans à Chicago, Capone était devenu une force avec laquelle il fallait compter, il était riche, puissant, maître de la ville de Cicero. Il devint la cible des hommes de loi et des gangsters rivaux. Il se rendait compte que les prochaines somptueuses funérailles de gangster auxquelles il prendrait part pourraient être les siennes.

La paix fragile que Torrio avait pu maintenir avec les autres gangs avait été brisée par la Prohibition. Les meurtres entre gangs rivaux se multipliaient. Si le nom de Capone était souvent associé à ces meurtres, il y avait d'autres gangsters que Capone et Torrio avaient essayés de contenir.

 

Un exemple caractéristique était Dion O'Banion. Ses affaires se développaient dans les fleurs et la vente d'alcool. Il avait des manières douces, un sourire permanent bien que ses yeux bleus ne cillent pas, Il aimait serrer les mains ou taper dans le dos, mais jamais en même temps, de cette façon, il lui restait toujours une main libre pour saisir un des trois pistolets dissimulés dans ses vêtements. O'Banion était connu pour son comportement bizarre comme par exemple révolvériser quelqu'un devant beaucoup de monde ou tuer un homme après l'avoir rencontré dans l'établissement de Capone. Quelque chose devait être fait contre le comportement irresponsable et impulsif d'O'Banion. Le problème le plus grave était l'antagonisme entre O'Banion et les frères Genna qui étaient des amis intimes de Torrio. La dispute éclata quand les Gennas ont commencé à vendre une bière bon marché aux clients d'O'Banion. Cela n'affectait pas les revenus d'O'Banion, mais c'était le principe qui comptait pour lui. O'Banion dit à Torrio que s'il lui achetait sa brasserie, il se retirerait au Colorado. Sachant qu'il y aurait un raid de la police, O'Banion s'arrangea pour que le marché soit conclu dans la brasserie. Torrio fut arrêté pendant la descente de police et il alla en prison, mais O'Banion ne voulut pas rendre l'argent pour la brasserie qui était maintenant fermée. Et pire même, il se vantait d'avoir roulé Torrio. Son sort était fixé.

Mike Merlo, le chef de l'Union Sicilienne à Chicago mourut de cancer. Des funérailles somptueuses étaient prévues et O'Banion, le fleuriste des gangs y avait un grand rôle à jouer. Le 10 novembre 1924, O'Banion était dans sa boutique quand 3 gangsters sont entrés. Les employés entendirent six coups de feu et quand ils se précipitèrent, O'Banion gisait dans une mare de sang avec cinq balles dans le corps et une dans la tête. Les trois hommes s'étaient évanouis. Personne ne fut poursuivi pour ce meurtre.

Les funérailles d'O'Banion furent prodigieuses, le cercueil avait des coins en argent massif, beaucoup de fleurs, et de femmes parfumées, drapées dans des fourrures des chevilles aux oreilles. 26 voitures et camions portaient les fleurs, trois orchestres et l'escorte de police. Ces funérailles furent une fête pour Torrio et Capone car ils récupéraient l'excellent territoire d'O'Banion et ils s'étaient débarrassés d'un collègue imprévisible.

 

Si la police ne savait pas qui était responsable, un ami d'O'Banion, Hymie Weiss savait à quoi s'en tenir et il s'était juré de se venger.

Torrio et Capone commencèrent donc à se méfier d'Hymie et de son associé, Bugs Moran. Torrio, craignant pour sa vie, quitta Chicago pour un temps et se réfugia à Hot Springs dans l'Arkansas. Capone ne se déplaçait plus sans gardes du corps. Pendant les deux années suivantes, les anciens collègues d'O'Banion firent une douzaine de tentatives pour tuer Capone.

En janvier 1925, Torrio revint à Chicago il alla faire des courses avec sa femme. Comme il venait de sortir de la voiture avec des paquets, Weiss et Bugs Moran jaillirent d'une voiture et mitraillèrent la voiture de Torrio, et voyant qu'il en était sorti, ils l'atteignirent à la poitrine, au cou, puis au bras droit et à l'aine. Moran posa son pistolet sur la tempe de Torrio et appuya sur la détente mais il n'y eut qu'un clic, la chambre était vide.

Les chirurgiens enlevèrent les balles du corps de Torrio et pour le protéger, Capone dormit dans sa chambre à l'hôpital.

Quatre semaines plus tard, Torrio surprit tout le monde en se présentant à un procès qui lui était fait pour un raid sur une brasserie. Il ne fut condamné qu'à 9 mois de prison. Il se lia d'amitié avec le sheriff qui le protégea en prison et le traita comme un hôte de marque.

Mais les choses ne seraient plus jamais les mêmes pour Torrio, Il voulait sortir de cette vie de violence, et vivre de ses rentes. En mars 1925, il fit venir Al Capone à la prison et lui annonça qu'il lui transmettait toutes ses affaires ainsi qu'à ses frères.

Le pouvoir d'Al Capone s'accrut immensément, night clubs, bordels, cercles de jeu, brasseries et bars clandestins.

 

Puissance

 Pour marquer son nouveau statut, Capone installa son quartier général à l'hôtel Métropole dans une suite de 5 pièces qui coûtait $1 500 par jour. Il commença à se montrer à l'opéra, aux manifestations sportives et charitables. C'était un membre important de la communauté, amical, généreux, couronné de succès. A une époque où la plupart de la population adulte buvaient de l'alcool clandestin, le pourvoyeur était presque respectable.

 

En décembre 1925, Capone emmena son fils à New York pour qu'il se fasse opérer de ses infections chroniques des oreilles. Il en profita pour renouer des relations d'affaires avec son ancien patron, Frank Yale. Il était plus facile à New York qu'à Chicago d'avoir du whisky de contrebande en provenance du Canada. Yale pouvait donc fournir Capone, le problème était de faire venir le whisky à Chicago.

Yale invita Capone à une soirée de Noël dans un élégant bar clandestin de Brooklyn mais il apprit qu'un de ses rivaux, Lonergan voulait gâcher la soirée avec ses acolytes. Yale voulait annuler la soirée, mais Capone le persuada de la maintenir. Capone avait préparé une surprise, quand Lonergan et ses hommes arrivèrent à 3 heures du matin, ils se montrèrent désagréables et insultants. Capone donna le signal et l'enfer se déclencha. Lonergan et ses hommes n'eurent même pas le temps de sortir leurs armes. A la fin de la fusillade, Lonergan était toujours vivant, Capone le trouva caché sous un piano et lui tira 3 balles dans la tête.

Ce massacre était une façon d'affirmer dans le monde des gangs la supériorité de Chicago sur New York. Un journaliste de New York fit un article sur Capone, en le présentant comme le plus grand chef de gang de l'histoire.

Capone rentra à Chicago de très bonne humeur, de nombreux jeunes aimant l'aventure et l'argent allaient devenir ses camionneurs.

Au printemps 1926, la chance de Capone tourna, un procureur qui avait deux ans auparavant voulu épingler Capone alla dans un bar de Cicero avec des bootleggers dont l'un, O'Donnell, était un féroce ennemi de Capone. Capone dînait dans un restaurant proche et la présence à Cicero d'O'Donnell était pour lui un affront. Ne sachant pas que le procureur était avec eux, Capone attendit leur sortie avec ses hommes de main. Les mitraillettes crachèrent et le procureur fut tué.

Bien que tout le monde à Chicago sache à quoi s'en tenir, il n'y avait pas une ombre de preuve contre Capone. La police, frustrée, se vengea en faisant des raids et en déclenchant des incendies dans les bordels et bars clandestins de Capone.

Capone alla se cacher pendant les trois mois d'été dans une petite ville du Michigan, Lansing. Ces trois mois ont fait une marque indélébile sur Capone. Il commença à se considérer beaucoup plus qu'un racketteur couronné de succès. Il se voyait comme une source de fierté pour la communauté italienne, un philanthrope généreux qui pouvait régler beaucoup de problèmes pour les gens. Son commerce clandestin d'alcool faisait vivre des milliers de gens, la plupart étant de pauvres émigrants italiens. Sa générosité devenait légendaire à Lansing. Capone prenait la grosse tête mais il avait de réelles capacités de leader et il pouvait les utiliser dans des domaines qui seraient utiles à la communauté. Il pensa un moment à se retirer de cette vie de crime et de violence.

 

Mais comme il ne pouvait pas continuer à se cacher, il négocia son retour avec la police de Chicago. Il revint en juillet pour faire face à l'accusation de meurtre. Mais avec l'absence de preuves, Capone resta libre et les autorités perdirent la face.

 Capone fit une dernière tentative pour faire une alliance avec Hymie Weiss bien que celui-ci ait voulu attenter à sa vie. Weiss refusa, le lendemain, il fut descendu, il avait 28 ans.

 

Comme les gens de Chicago commençaient à être fatigués de lire dans les journaux les faits divers concernant la violence des gangs, Capone organisa une conférence de paix. A la fin de la réunion, deux points essentiels avaient été acceptés, plus de meurtres ou de passages à tabac et pas de vengeance pour les précédents meurtres. Pendant deux mois, personne dans le milieu de l'alcool clandestin ne fut tué.

En janvier 1927, Tony le Grec, un ami de Capone fut tué. En larmes, Capone invita chez lui un groupe de reporters, leur prépara un dîner spaghetti et leur annonça sa retraite, mais son besoin de pouvoir lui fit retarder cette échéance.

De nouvelles élections municipales eurent lieu et l'ancien maire corrompu, Big Bill Thomson revint au pouvoir. Les gangs avaient largement participé à sa campagne. Il semblait que les gangs allaient mettre définitivement la main sur la ville.

En mai 1927, la Cour Suprême des Etats-Unis déclara qu'un bootlegger, Manny Sullivan devait déclarer et payer des impôts sur le revenu de ses ventes illégales d'alcool. Avec l'aide de cette décision, le fisc pouvait commencer à s'intéresser à Capone.

Sans ce soucier de cette décision, Capone pouvait s'adonner à deux de ses passions, la musique et la boxe. Il devint ami avec Jack Dempsey mais cette relation resta discrète par peur des combats arrangés. Toujours amateur d'opéra, Capone étendit son mécénat au Jazz. En ouvrant le Cotton Club, il devint impresario de jazz. Contrairement aux autres gangsters italiens, Capone n'était pas raciste et il étendait sa générosité et son soutien à tous, blancs ou noirs. Un jour, le pianiste de jazz Fats Waller fut kidnappé par 4 gangsters sous la menace de leurs armes et jeté dans une limousine. Comme il était noir et ses ravisseurs blancs, Fats était terrorisé. La limousine s'arrêta devant l'Hawthorne Inn où se tenait une réception, on le fit asseoir au piano et jouer. Fats Waller était le cadeau d'anniversaire fait à Capone par ses hommes. Capone lui servit du champagne et remplissait ses poches de billets à chaque fois qu'il lui jouait un air à sa demande. Cela dura trois jours au bout desquels Fats rentra chez lui avec une gueule de bois et les poches bourrées de milliers de dollars.

"Le service du public est ma devise" Déclara Capone à des journalistes, "90% des gens de Chicago boivent ou jouent, j'ai essayé de leur fournir de l'alcool de qualité ainsi que des jeux non truqués. Mais je ne suis pas apprécié, je suis connu de par le monde comme le gorille millionnaire."

Au retour d'un voyage sur la côte Ouest, Al Capone se trouva entouré par 6 policiers qui le menaçaient de leurs fusils à pompe. "Vous pensez que je suis Jesse James, pourquoi cette artillerie?" La police continua rendre la vie difficile pour Capone, l'arrêtant à la moindre occasion.

Capone quitta Chicago pour Miami où l'hiver est beaucoup plus doux. La réception par la communauté locale fut glaciale. Il loua une grande maison pour lui, sa femme, son fils et commença à chercher une résidence permanente. Par le moyen d'un homme de paille, il acheta une maison de 18 pièces de style espagnol. Pendant les mois suivants, il dépensa une fortune pour la redécorer et la protéger par des murs de béton et d'épaisses portes en bois.

Cette maison n'échappa à la vigilance du fisc et Frank J. Wilson fut chargé d'enquêter sur les revenus et les dépenses de Capone. C'était un travail de bénédictin car bien que Capone dépense énormément, tout passait par des intermédiaires et tout était payé en espèces. La seule exception était la maison de Miami ce qui impliquait un revenu considérable.

A Chicago, George Emmerson Q. Johnson fut nommé procureur général. Il cibla Capone avec ardeur. Au printemps de 1928, comme des élections se préparaient, la violence se déclencha, ce n'étaient pas les gangsters qui étaient visés mais un sénateur Charles Deenen. Le maire ouvertement corrompu, Big Bill Thompson était présumé responsable car toutes les victimes étaient ses opposants, mais Al Capone, bien qu'étant en Floride était le bouc émissaire.

Capone faisait des efforts pour avoir une façade respectable à Miami, mais il devait faire face à des problèmes causés par son ancien patron, Frankie Yale. Beaucoup de convois qui amenaient l'alcool depuis New York étaient attaqués, et Capone était sûr que Yale en était l'instigateur.

Capone fit venir en Floride, six de ses partenaires de Chicago pour étudier la solution du problème.

Le dimanche 1er juillet, à New York, Frankie Yale buvait dans un bar clandestin quand il reçut un appel téléphonique. Il se précipita dans sa voiture, et quelques minutes plus tard, une voiture noire le coinça contre le trottoir et il fut cloué sur son siège par des balles de revolvers, de fusils à canon scié et de mitraillettes. C'était la première fois qu'un gangster new-yorkais était tué par une mitraillette

 

Capone s'installa à Chicago dans l'hôtel Lexington où il occupait deux étages. Il vivait dans une suite de six pièces avec une cuisine privée. Des portes secrètes avaient été installées pour que Capone puisse s'échapper en cas de besoin.

 

Comme il pensait que la Prohibition ne durerait pas toujours, Capone commença à se diversifier dans le racket.

 

Mais il rencontrait toujours le même antagoniste, Bugs Moran qui avait essayé par deux fois de tuer son ami Jack McGurn, surnommé " Jack la mitraillette "

 

 Le massacre de la Saint Valentin

 

Ni McGurn, ni Capone ne se doutaient que l'assassinat prévu de Bugs Moran serait un événement dont la notoriété durerait pour les décades à venir.

Capone se prélassait en Floride pour ne pas être responsable du meurtre, aussi Jack McGurn assura le contrôle de sa préparation. Il rassembla une équipe de 7 tueurs et tendit un piège à Moran. Du whiskey d'excellente qualité pouvait être acheté à un prix attractif. Le rendez-vous était fixé dans un garage à 10h 30 le jeudi 14 février. Les hommes de McGurn attendaient, vêtus d'uniformes de police et de trench-coats pour faire croire à une descente de police.

McGurn voulait comme Capone être loin de la scène du crime, pour avoir un alibi, il alla dans un hôtel avec sa petite amie.

 

Au garage, un des tueurs vit un homme qui ressemblait à Bugs Moran, les faux policiers arrivèrent donc dans une voiture de police volée, et firent aligner contre le mur les 7 gangsters. Ils ouvrirent le feu avec deux mitraillettes, un fusil à canon scié et un colt 45. Les sept hommes s'écroulèrent, un seul continuant à respirer. Pour donner le change, les deux assassins en trench-coats levèrent les bras et sortirent devant ceux qui étaient habillés en policiers comme s'ils avaient été arrêtés.

Depuis, le garage a été démoli et il y a à la place du gazon et trois arbres. C'est à la place du petit arbre que les corps sont tombés.

 Le plan était bon, sauf que Bugs Morand ne figurait pas parmi les victimes, il était arrivé en retard, il avait vu la fausse voiture de police arriver et il s'était échappé.

De vrais policiers arrivèrent bientôt et ils virent le seul qui vivait encore, et qui avait reçu 22 balles. Ils lui demandèrent qui avait tiré. L'homme répondit avant de mourir, "personne, personne ne m'a tiré dessus."

Il n'était pas difficile de comprendre que celui qui était visé était Bugs Morand et que le bénéficiaire du crime était Al Capone.

McGurn et Capone ayant de solides alibis, aucune charge ne pouvait être retenue contre eux. McGurn, pour se protéger encore, épousa sa petite amie car une femme ne peut pas témoigner contre son mari. Elle fut dès lors appelée, la "Blonde Alibi".

Le massacre eut un retentissement énorme dans tout le pays. Des articles et des livres commencèrent à être écrits sur ce sujet.

 

Le Président des USA, Herbert Hoover demanda aux agences fédérales de se concentrer sur Capone et ses alliés. Il voulait Capone en prison. Quelques jours après, Capone fut convoqué devant un Grand Jury à Chicago mais il ne se rendait pas compte des forces immenses qui s'assemblaient contre lui.

Capone avait d'autres problèmes plus pressants à régler. Il devenait évident que trois de ses collègues siciliens lui causaient des problèmes. Capone les invita à un festin dont ils étaient les hôtes d'honneur. Capone, assis en bout de table, portait toast après toast en souriant de toutes ses dents. Après minuit, quand le repas fut fini, Capone repoussa sa chaise. Un silence glacial tomba sur la pièce. Plus personne ne souriait sauf les trois hôtes. Capone se pencha vers eux, et leur parla froidement. Ils pensaient donc qu'il n'était pas au courant, ils imaginaient qu'ils pouvaient cacher l'offense qu'il ne pardonnait pas, la déloyauté !

Capone avait observé la vieille tradition, hospitalité avant l'exécution. Les siciliens étaient désarmés ayant laissé leurs armes au vestiaire comme tous les autres convives. Les gardes du corps de Capone se précipitèrent et attachèrent les trois hommes sur leurs chaises en les bâillonnant. Capone se leva, il tenait une batte de base-ball, il marcha lentement le long de la table et s'arrêta derrière le premier des trois. Il leva la batte à deux mains et l'abaissa de toutes ses forces. Lentement, méthodiquement, il frappa encore et encore brisant les os des épaules, des bras et du torse. Il recommença derrière le deuxième puis le troisième homme. Un des gardes du corps alla chercher son revolver et tira une balle dans la nuque de chacun.

 

Le frère aîné d'Al Capone, Vicenzo avait quitté sa famille en 1908 à l'âge de 16 ans. Il avait rejoint un cirque qui se déplaçait dans le Midwest. Il apprit à tirer et fréquenta les Indiens et leur culture.

En 1917, il s'engagea et fut envoyé en France. Il gagna les galons de lieutenant et reçu une médaille de tireur d'élite. Après la guerre, il revint au Nebraska dans la petite ville d'Homer. Son teint foncé et ses cheveux noirs le faisaient considérer comme un paria dans une ville dont les habitants étaient d'origine scandinave. Mais un jour, au cours d'une inondation subite il sauva la famille Winch et en particulier leur fille, Kathleen. Comme il cachait ses origines, il avait pris le nom de Richard Hart car il admirait un cow-boy du cinéma muet qui s'appelait William S. Hart. Il épousa Kathleen et eut trois fils, il appela le premier William comme son héros. En 1920, il devint agent de contrôle de la Prohibition. Il avait un badge, un colt, un stetson, le pouvoir, il était heureux. Il arrêtait les trafiquants d'alcool mais aussi les voleurs de chevaux et les criminels. Il fut chargé par le Service des Affaires Indiennes de faire respecter la Prohibition chez les Sioux et les Cheyennes.

 

Sa précision au tir et ses deux colts à crosse de nacre lui valurent le surnom de " Hart deux colts ". Il faisait mettre ses trois fils en ligne, une cigarette à la bouche. Sans que ceux-ci bronchent, il sortait son colt et coupait en deux chacune des cigarettes.

En 1927, il servit de garde du corps au Président Calvin Coolidge qui était venu dans le Dakota pour les vacances. Personne ne se doutait qu'il était le frère d'Al Capone. Après la Prohibition, il devint sheriff de sa ville, Homer.

En 1940, il contacta ses frères, les rencontra et vint à Chicago voir sa mère. A son retour, il annonça à sa femme et à ses enfants qu'il était le frère d'Al Capone.

Son fils William fut tué pendant la seconde guerre mondiale et lui-même mourut d'une attaque cardiaque en 1952.

 

La Prohibition avait eu des effets opposés sur les deux frères.

 

L'ennemi public No 1

 

 Bien que Capone ne le comprenne pas à l'époque, le Massacre de la Saint Valentin et son immense publicité allait catalyser les forces du gouvernement contre lui. Le Président Herbert Hoover chargea le Secrétaire du Trésor, Andrew Mellon de diriger la guerre du gouvernement contre Capone. Mellon approcha le problème sous deux aspects, la fraude fiscale et les violations de la Prohibition.

 Eliot Ness fut chargé de rechercher les preuves relatives à la Prohibition, il commença à réunir une équipe de jeunes agents. Comme un jour, Ness et deux de ses agents refusèrent de l'argent proposé par Capone, un journaliste les appela les "Intouchables" ce qui fut traduit en français par les Incorruptibles. Mais le plus gros effort fut fait par Elmer Irey des services spéciaux du fisc. Il n'était pas sûr que Capone pouvait être poursuivi avec succès sur les violations de la Prohibition à Chicago mais il était probable que le gouvernement pouvait coincer Capone pour fraude fiscale.

Capone, à la mi-mai 1929, alla à Atlantic City participer à une réunion de toutes sortes de gangsters. Le but de cette réunion était de parler de coopération plutôt que de mutuelle destruction. Pour réduire violences et rivalités au minimum, ils divisèrent le pays en sphères d'influence. Torrio devint le chef d'un comité exécutif qui devait arbitrer toutes les disputes et punir les récalcitrants. Il avait aussi été décidé que Capone devait confier à Johnny Torrio la division de son empire criminel. Capone n'avait aucune intention de le faire.

Après la réunion, Capone alla à Philadelphie pour voir un film. A la sortie deux policiers l'attendaient. Il fut arrêté parce qu'il portait une arme. Capone confia à son avocat sa bague avec son diamant de 11 carats et demi pour la remettre à son frère Ralph. Il fut emprisonné jusqu'au 16 mars 1930. En octobre de la même année, son frère Ralph qui n'était pas aussi malin pour dissimuler sa richesse, fut inculpé de fraude fiscale. Il fut arrêté lors d'un match de boxe et en sortit les menottes aux mains. Eliot Ness avait joué un rôle important dans cette arrestation. Il reçut la mission de rassembler assez de preuves du trafic d'alcool clandestin pour convaincre un Grand Jury d'inculper Capone pour infraction aux lois de la Prohibition et de fraude fiscale. Avec les informations recueillies, Ness et son équipe d'incorruptibles, enfoncèrent la porte d'une des brasseries clandestines de Capone avec un camion auquel avait été adaptée une lame de chasse neige.

A la mi-mars 1930, avec quelques mois d'avance, Capone fut libéré pour bonne conduite. Une semaine après, une liste des ennemis publics fut dressée, publiée dans les journaux et adoptée par le FBI. Al Capone était en tête avec son frère et quelques-uns uns de ses acolytes. Capone qui voulait se présenter comme un membre important de la communauté était donc devenu l'ennemi public No 1. Il en fut humilié et ulcéré.

 

Elmer Irey, des services du fisc décida d'infiltrer l'organisation de Capone. Il choisit pour cela, Michael Malone qui était un bon acteur et qui savait se fondre dans tout milieu. Il avait des nerfs d'acier et une intelligence supérieure, il parlait italien et ressemblait à un italien. Malone prit le nom de De Angelo et un autre agent qui devait l'aider, prit le nom de Graziano. De fausses identités furent soigneusement crées pour que ces deux agents paraissent être des petits racketteurs de Brooklyn. Un troisième homme, Wilson devait participer aussi à l'enquête et être leur contact avec le fisc. Un des reporters du Chicago Tribune qui se vantait de ses relations avec Capone, fut d'accord pour informer le fisc mais il prit une balle dans la nuque avant le premier contact.

 

De Angelo prit une chambre à l'hôtel Lexington, et vêtu de façon voyante et chère, traînait au bar en lisant les journaux. Au bout de quelque temps, les hommes de Capone commencèrent à lui poser des questions sur son passé et lui demandèrent s'il était disponible. Quelques jours après, il fut invité à une réception avec la pègre et Capone en personne. Sachant bien que Capone était capable de partager le pain et le vin avec un traître et le battre à mort ensuite à coup de batte de base-ball, De Angelo alla à la soirée avec appréhension. Mais sa couverture était bonne et De Angelo fut embauché comme croupier dans un des cercles de jeu de Capone. Il put ainsi prévenir que la pègre allait faire pression sur les témoins du procès de Ralph Capone. C'était une bonne information et le fisc put organiser une protection rapprochée pour les témoins et Ralph Capone fut condamné. Quelques mois après, De Angelo fut rejoint par Graziano qui eut le travail de vérifier les livraisons de bière. Juste avant Noël, il découvrirent un complot visant l'assassinat de Wilson. Wilson put y échapper et en sortit encore plus déterminé à coincer Capone.

 

La bonne information apparut un jour pendant une conversation entre Graziano et un employé de Capone. "Les gars du fisc ne sont pas malins, ils avaient entre les mains un des livres de compte de Capone qui pouvait l'envoyer en prison, mais ils étaient trop stupides pour s'en apercevoir".

 

Parmi la montagne de documents saisis lors d'un raid sur l'hôtel Hawthorne il y avait un registre répertoriant toutes les opérations financières de la Hawthorne Smoke Shop pour les années 1924 à 1926. Il fallait maintenant trouver ceux qui avaient rempli ce registre. L'écriture manuelle ne correspondait à aucune de celles des hommes de Capone. Il était possible que Capone se soit débarrassés d'eux quand les livres avaient été saisis. Graziano prit un risque considérable en demandant à l'homme qui lui avait parlé des livres si on s'était occupé des comptables. Le gangster répondit qu'on ne s'en était pas vraiment occupé parce que ce n'était qu'une paire de caves et qu'ils avaient quitté la ville après le raid, il y a 5 ans. Et assez incroyable, le gangster donna leurs noms.

 

Vers la fin de 1930, Capone se lança dans une vaste campagne publicitaire. Il ouvrit une soupe populaire gratuite pour les gens qui avaient été mis au chômage par la Grande Dépression. Pendant les deux derniers mois de l'année, trois repas par jour étaient servis. Dans les premiers mois de 1931, les agents du fisc localisèrent un des deux comptables à Miami, dans un champ de courses où Capone allait presque tous les jours quand il était sur place. Frank Wilson alla à Miami pour lui parler et il l'emmena juste une demi-heure avant qu'une voiture pleine de tueurs vienne le chercher. L'autre comptable s'était établi dans l'Illinois. Les deux hommes furent d'accord pour coopérer et furent solidement protégés.

Sur un autre front, Eliot Ness avait de plus en plus de succès pour trouver et fermer les brasseries de Capone. Avec ses Incorruptibles, il avait enregistré des milliers d'infractions à la Prohibition qui seraient utilisées contre Capone si la recherche de la fraude fiscale échouait. Ness voulait autant humilier publiquement Capone que le mettre en prison. Le meurtre d'un de ses amis lui fit déclencher un plan pour atteindre Capone. En faisant des raids sur les brasseries, Ness avait accumulé pas moins de 45 camions de toutes sortes, neufs pour la plupart. Les véhicules devaient être vendus aux enchères et il fallait les déplacer dans un nouveau garage. Ness eut une idée pour porter un coup psychologique à la fierté de Capone, ce que personne n'avait osé faire avant lui. Il fit nettoyer soigneusement les camions jusqu'à ce qu'ils brillent et rassembla une équipe de chauffeurs. Il appela alors le quartier général de Capone et insista pour parler à Capone lui-même.

"Bon, Snorkey" (c'était le petit nom que les amis intimes donnaient à Capone), je veux juste te dire que si tu regardes par la fenêtre sur Michigan Avenue à 11 heures précises, tu verras quelque chose qui t'intéressera."

"C'est quoi" demanda Capone avec de la curiosité dans la voix.

"Tu n'as qu'à regarder et tu verras" répondit Ness avant de raccrocher.

A 11 heures précises du matin le convoi passa lentement devant l'hôtel Lexington, quartier général de Capone, un paquet de gangsters de Capone étaient devant la porte et Ness pouvait voir de la confusion et de la gesticulation au balcon de Capone.

Ce fut un grand jour pour Ness et son équipe, il avait réussi à montrer qu'ils étaient prêts à lutter jusqu'au bout. Des millions de dollars en matériel de brasserie avaient été saisis ou détruits, des milliers de litres de bière et d'alcool avaient été versés au caniveau et les plus grandes brasseries étaient fermées.

Les écoutes téléphoniques des lieutenants de Capone montrèrent comme les choses allaient mal pour eux. La pègre dut réduire ses paiements à la police. Pour livrer les bars clandestins de Capone, de la bière devait être importée. Les choses empirèrent encore quand une descente fut faite sur une brasserie qui produisait 75 000 litres de bière par jour.

La mission du gouvernement allait se terminer au début du printemps de 1931. Afin d'éviter la prescription de 6 ans, le gouvernement devait juger les évidences concernant 1924 avant le 15 mars 1931. Le 13 mars, un Grand Jury fédéral se réunit secrètement. Capone fut condamné pour n'avoir pas payé $32 488,81 en 1924. Le jugement fut tenu secret en attendant que les années de 1925 à 1929 puissent être jugées.

Le 5 juin 1931, le grand jury se réunit encore et condamna Capone pour 22 fraudes fiscales qui atteignaient un montant de $200 000. Une semaine plus tard, une troisième condamnation fut prononcée se basant sur les évidences réunies par Ness et son équipe. Capone et 68 membres de son gang furent accusés de quelques 5 000 infractions au Volstead Act sur la prohibition, certaines remontant jusqu'à 1922. Les accusations de fraude fiscale prenaient le pas sur les infractions à la Prohibition.

Capone risquait une peine de 34 ans de prison, ses avocats proposèrent un arrangement au fisc. Capone plaiderait coupable pour une peine relativement légère. L'arrangement fut accepté et une peine de 2 à 5 ans fut recommandée.

Pourquoi après tous ses efforts le gouvernement accepta-t-il une condamnation si légère ? D'abord, en dépit de tous les efforts pour protéger les deux comptables, il n'était pas sûr qu'ils pouvaient vivre assez longtemps pour témoigner. Capone avait mis une prime de $50 000 sur chacune de leurs têtes. Il n'était pas sûr non plus que la prescription de 6 ans pouvait tenir en appel, une durée de 3 ans ayant déjà utilisée lors d'un précédent procès. Il y avait donc une énorme possibilité qu'un jury puisse être influencé par de l'argent ou de l'intimidation. La presse se déchaîna quand elle apprit que Capone s'en tirerait à si bon compte.

Capone alla donc assez joyeux au tribunal le 16 juin. Quand il plaida coupable, le juge ajourna le procès jusqu'au 30 juin. Capone annonça à la presse qu'il était en discussion avec les studios de cinéma qui voulaient faire un film sur sa vie. Son moral était excellent quand il revint devant le juge Wilkinson à la fin du mois. Le juge avait une petite surprise pour Al Capone, il déclara qu'il n'était pas lié par l'accord qui avait été conclu car il voulait montrer clairement qu'il n'était pas possible de transiger avec une cour fédérale. Ce fut un choc pour Capone, il put retirer son intention de plaider coupable et un procès fut prévu pour le 6 octobre.

Capone passa l'été dans le Michigan, apparemment résigné à son procès. Mais dans l'ombre, son organisation s'était procurée la liste des jurés possibles et avait commencé à les acheter de toutes les façons possibles. Averti, le juge Wilkinson ne fut ni surpris ni inquiet. "Que le procès se tienne comme prévu, laissez-moi faire."

Le 6 octobre 1931, 14 policiers escortèrent Capone au palais de justice. Capone était vêtu sobrement d'un costume bleu, sans diamant aux mains. La crème des journalistes était là.

 Capone pensait que son organisation avait acheté les jurés et qu'il n'avait qu'à aller au tribunal chaque jour en restant poli et respectueux et cela jusqu'à son acquittement inévitable. Et il était sûr de se montrer ensuite magnanime et déclarer à la presse qu'il n'était pas rancunier et que ses adversaires faisaient seulement leur travail.

Le juge Wilkinson entra dans la salle et il échangea les jurés contre ceux d'un procès qui devait se tenir dans une autre salle. Ce fut un choc pour tout le monde mais surtout pour Capone. La plupart des nouveaux jurés étaient des blancs de zones rurales et ne figuraient pas sur les listes de Capone et n'avaient donc pas pu être achetés. Ils seraient gardés la nuit pour que la pègre ne puisse pas les influencer.

Le samedi 17 octobre en fin de soirée, après 9 heures de délibérations, le jury déclara Capone coupable de fraude fiscale et le samedi suivant, le juge le condamna à 11 ans de prison, $50 000 d'amende et $30 000 de frais de justice.

"Bon, je suis parti pour 11 ans" dit-il à Ness, "Je vais les faire, je n'ai pas eu de chance. Il y avait beaucoup trop de frais généraux dans mes affaires, soudoyer tout le monde et remplacer les camions et les brasseries, tout cela devrait être légal."

" Si cela avait été légal, vous ne vous y seriez pas intéressé" lui répondit Ness. Les deux hommes ne devaient plus se revoir.

 Al Capone fut au début, le plus célèbre prisonnier du pénitencier d'Atlanta. Il avait un régime de faveur, il avait dans le manche creux de sa raquette de tennis plusieurs milliers de dollars qui lui permettaient d'avoir plus de chaussettes, de sous-vêtements et de draps que les autres prisonniers.

 En 1934, Capone fut envoyé à Alcatraz qui était une prison située sur une petite île de la baie de San Francisco. Cette prison était réservée pour les criminels les plus endurcis et les moins récupérables. A Alcatraz, Capone ne pouvait plus vivre comme un roi, il ne pouvait plus savoir ce qui se passait au dehors, son courrier était censuré, pas de journaux, pas de magazines de moins de 7 mois.

 Les seules visites permises étaient celles de sa femme Mae et de sa famille proche, deux personnes par mois, une glace séparant prisonnier et visiteur.

Capone s'adapta à cette nouvelle vie, mais sa santé se détériora, la syphilis qu'il avait contractée en étant jeune en était passé au stade de neurosyphilis.

 Sa peine fut réduite à 6 ans et 5 mois pour bonne conduite et par les points gagnés par son travail, mais il passa la dernière année à l'infirmerie.

 Libéré en novembre 1939, il fut traité dans un hôpital de Baltimore jusqu'en mars 1940.

 Il passa ensuite les dernières années de sa vie dans sa maison de Miami, il mourut d'un arrêt du cœur le 25 janvier 1947.

 Pendant ses 48 années, Capone avait laissé sa marque sur le racket et sur Chicago et il avait plus que tout autre, démontré que la Prohibition était une folie. Il est resté dans les mémoires comme celui qui avait organisé la pègre sur le modèle des grandes entreprises. Toutes ses activités concernant l'alcool étaient illégales car des lois les interdisaient, mais ces lois furent ensuite abrogées. La Prohibition avait duré 14 ans.

 Eliot Ness quitta Chicago, eut une carrière en dents de scie, divorça deux fois, se mit à boire, il essaya sans succès de devenir maire de Cleveland et mourut d'une attaque cardiaque le 16 mai 1957, il avait 54 ans. Un livre qu'il avait écrit avec un co-auteur et dont s'empara Hollywood fut à l'origine de sa légende.

Al Capone est enterré avec sa famille à Chicago dans le Cimetière du Mont Carmel, Il a comme voisins beaucoup d'Italiens dont ses amis et ses ennemis du monde de la pègre. C'est aussi dans ce cimetière que reposent les cardinaux de Chicago.

 "Vous pouvez obtenir beaucoup plus avec un mot gentil et une arme qu'avec seulement un mot gentil". (Al Capone)

 

Conférence de Bernard Roussel